mardi 27 octobre 2026

Une autre droite est possible (2)

 

Une autre droite est possible (2)

Orphelins trois fois

Notre première tribune ayant suscité beaucoup de réactions, dont nous remercions leurs auteurs, il nous a semblé utile, avant de poursuivre (au gré de l’actualité, des rebondissements de la campagne et de nos disponibilités), d’expliquer à la fois pourquoi nous écrivons et – comme on disait en mai 68 – « d’où nous parlons ».

La vérité vous rendra libres

Le point de départ est évidemment que l’élection présidentielle est, a priori, dans six mois pile. Certes, et cela va faire partie des nombreux rebondissements qu’on peut anticiper, M. Macron va tout faire pour s’accrocher au pouvoir. Comme il ne peut plus se représenter, il ne lui reste plus comme seule option que de suspendre les élections, comme son ami M. Zelenski. Pour cela, il lui faut une guerre, et on voit avec quelle diligence il s’emploie à la faire advenir depuis de nombreux mois. On le sent désormais prêt à aller, devant les caméras de nos chaînes d’infos en continu, faire pipi de l’autre côté de la frontière russe, quelque part en Estonie ou en Ukraine. Son espoir : que M. Poutine riposte, qu’il puisse invoquer l’article 16 de la Constitution, et jouer au chef de guerre dans les salons de l’Elysée aussi longtemps qu’il lui plaira. Cependant, les médias et ceux qui les possèdent, même s’ils lui ont tout passé depuis 10 ans, n’accepteraient sans doute pas cet ultime caprice de l’enfant-roi.

Elections dans six mois, donc. Or, dans un pays comme la France, les campagnes présidentielles sont la seule occasion ou presque, en tout cas de loin la plus propice, pour influencer le débat public. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’expérience prouve que les idées dominantes changent en réalité très vite (si le lecteur a besoin de s’en convaincre, qu’il relise les journaux, ou regarde les archives télévisées, d’il y 10, 20, 30, 40 ans…). Et c’est souvent dans ces moments-là que ces idées émergent ou se cristallisent. Evidemment, ceux qui n’ont ni moyens financiers ni large exposition médiatique partent avec un handicap considérable, mais ils gardent quand même la capacité d’influencer le cours des choses. Surtout, bien sûr, s’ils ont pour eux la vérité : la capacité, comme disait Péguy, « à dire ce que l’on voit et, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ».

Nous souhaitons donc nous aussi, par ce personnage collectif de Falstaff, apporter notre contribution à ce débat, conscients que tout peut basculer très vite dans les mois qui viennent. Nous serons là jusqu’à l’élection, et plus si Dieu nous prête vie (et que nous trouvons quelque écho dans l’opinion de nos semblables…).

Orphelin une fois

Falstaff appartient à ce peuple de France qui, né à droite et ayant toujours cru aux principes fondateurs qui ont structuré cette famille de pensée, dans sa diversité, depuis des siècles, s’en retrouve aujourd’hui – et en réalité depuis de très nombreuses années – orphelin. Il a subi depuis qu’il est né la droite qui n’est qu’une autre version de la gauche, simplement un peu plus lente et plus honteuse à déconstruire ce qui fit notre pays et sa civilisation. Une droite se prétendant attachée à des « valeurs » (souvent aussi peu identifiées, certes, que celles « de la République », mais qui avaient l’air plus belles), mais qui a montré qu’elle tenait avant tout, en réalité, à préserver son patrimoine : les vraies valeurs, donc, tant mobilières qu’immobilières.

Une droite hypocrite, volontiers affairiste. Une droite, catholique ou « de bonne volonté » (in terra pax hominibus bonae voluntatis) ayant pourtant réduit l’enseignement de l’Eglise à un vague moralisme qui permet avant tout, à ceux qui s’en réclament, de se croire supérieurs à leurs voisins et d’évacuer ainsi le caractère révolutionnaire de l’évangile (idée réputée « gauchiste », terme qui suffit dans ce monde à discréditer celui qui la porte autant qu’ailleurs les accusations de racisme ou d’antisémitisme).

Orphelin deux fois

Et puis Falstaff a vu progressivement grandir, jusqu’à être aujourd’hui, selon l’opinion dominante – qui selon nous se trompe – sur le point de s’imposer, un mouvement réfractaire à cette droite molle, droite la-plus-bête-du-monde, un mouvement qui se voulait patriotique (contre l’Europe qui dissout les peuples) ; protecteur « des petits, des obscurs, des sans-grade » (contre l’oligarchie n’ayant que son intérêt à cœur) ; à la fois libéral et planificateur (contre les excès tant de l’Etat que du marché). On l’a classé d’emblée à l’extrême droite, même si lui revendiquait volontiers de n’être « ni de droite ni de gauche ». A l’époque où il portait ces idées, il était mis au ban tant des médias que de la société polie – et Dieu sait que la droite sait être bien élevée.

25 ans auront passé, l’an prochain, depuis le 21 avril 2002. Rien ne pourrait mieux montrer l’étendue du chemin parcouru. Aujourd’hui, ce mouvement n’est plus au ban de rien du tout, place où on essaye à tout prix de le remplacer par un nouveau front du refus, La France Insoumise. Il est partout invité et courtisé. Mais dans le même temps, et sans doute ceci est-il la raison de cela, on ne voit plus très bien ce à quoi il croit. Insoumis, il ne semble plus l’être lui-même beaucoup : il dîne avec les puissances d’argent, s’exhibe avec des influenceuses héritières de ce qu’il y a de plus dégénéré dans les familles anciennement régnantes, et s’est tout à fait réconcilié avec l’Union européenne (même s’il ne participe guère à ses réunions ni n’en parle les langues).

On ne sait plus ce qu’il pense, si ce n’est que ce n’est pas comme avant. Croit-il encore au souverainisme, à l’Etat stratège, à l’inversion des flux migratoires, à la réindustrialisation, au redressement démographique et même moral de la France ? On ne le saura pas, trop occupé qu’il est à changer d’avis sur tout, à montrer patte blanche auprès des puissances de ce monde (financières, médiatiques, politiques) et, surtout, à ne rien dire qui puisse déplaire.

Orphelin trois fois

Plus récemment, Falstaff a vu monter une autre droite, dure, identitaire, née d’évidence dans le champ laissé vacant par le précédent mouvement de refus. « Fière de ses valeurs », elle se veut la vraie droite : ni la droite lâche et molle des premiers, ni la droite passée à gauche des seconds. Elle fut d’abord, cette autre droite, « hors les murs » des partis ; puis elle a commencé à les phagocyter. C’est ce qu’on a appelé l’union des droites, ni celle qui imite toujours la gauche bien-pensante ni celle qui drague les électeurs de LFI.

Cette droite aussi se voit gagner l’an prochain. Elle s’est tellement agrandie qu’on a évoqué pour elle, tout à fait sérieusement, une primaire allant de M. Philippe à M. Zemmour (ou sa jeune amie Melle Knafo) : autrement dit, des macronistes qui ont mis la France à genoux aux laudateurs de la France chrétienne se faisant pourtant fierté d’être « contre le Christ ». Inconditionnellement soumise aux marchés financiers, à des milliardaires aux médias mis au service d’une post-vérité qui n’a plus grand-chose à envier à celle d’en face, au néo-libéralisme dans ce qu’il a de plus inhumain (et plus guère libéral au sens historique du terme), et à la violence d’Etat, cette droite chérit tout ce qui détruit ce à quoi elle dit croire. Elle non plus n’a pas grand-chose à voir avec les principes, avec les vertus, avec l’idée de la France qui ont façonné la droite pendant plusieurs siècles.

C’est donc en orphelin de tout cela, mais animé de sa conviction profonde qu’une autre droite est possible, que Falstaff fera usage de sa liberté d’expression pendant le temps qu’il nous reste jusqu’à l’élection du prochain roi de France. En espérant, oui, que quelque chose se passe que nous n’attendions pas…

John Falstaff

falstaff2027@gmail.com

NB: le pseudonyme collectif de John Falstaff réunit des universitaires et conseillers politiques, observateurs de longue date de la vie politique française, et souhaitant participer au débat sur l’élection présidentielle. Leur boîte courriel est ouverte pour les réactions et commentaires.

https://lesalonbeige.fr/une-autre-droite-est-possible-2/

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