
Depuis au moins dix ans, on a pris l’habitude d’entendre que l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen et du Rassemblement national entraînerait notre pays dans le chaos. Chaos économique, financier, social, sociétal, politique, institutionnel et toutes ces sortes de choses. Bref, les dix plaies d’Égypte. Aujourd’hui, on a tout ça et, en prime, un Macron qui s’accroche au pouvoir avec un gouvernement condamné à gérer les affaires coulantes.
On ne va pas vous refaire l’histoire, vous la connaissez. Celui qui, en 2017, au soir de son élection, déclarait pompeusement dans la cour du Louvre qu’il ferait « tout pour défendre la République et pour que les Français n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes » va laisser une république asphyxiée et pourrait bien se voir dans l’obligation républicaine de confier les clefs de l'Élysée à Marine Le Pen qui trouvera, sur le bureau, débarrassé des affaires personnelles de son prédécesseur, l’ardoise à payer.
Le RN au pouvoir : « la fin d’une civilisation »
Mais le pire est peut-être à venir. En effet, si l’on en croit l’homme de culture et de gauche (les deux ne font pas forcément la paire) qu’est Olivier Py, « ce que nous vivons est un moment absolument terrifiant pour la France »... Terrorisme islamiste, communautarisation de notre société, délinquance, criminalité, effondrement de l’école, de la démographie, décrochage de la France sur la scène internationale, paupérisation des classes moyennes, pillages et vandalisme à la moindre manif, etc. ? Non. Alors, quoi ? Vous l’aurez deviné : l’arrivée du RN au pouvoir. Pour l’ancien directeur du festival d’Avignon et actuel directeur du théâtre du Châtelet à Paris, interviewé le 2 novembre sur France Musique, cet événement marquerait « la fin d’une civilisation ». Carrément. Celle-là, je crois qu’on ne l’avait encore jamais faite. On connaît la phrase de Paul Valéry, prononcée à l’issue de la Grande Guerre, suicide à l’échelle industrielle et continentale : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » C’est donc prêter à Marine Le Pen, son parti et ses alliés un pouvoir gigantesque, titanesque, quasi cosmique. Un pouvoir que même Attila ne détenait pas dans ses mains impitoyables et sous les sabots de son cheval ! Marine Le Pen au pouvoir : une sorte d'ange de l’Apocalypse ou de fléau de Dieu ? Faut pas pousser, non ?
De quelle civilisation parle-t-on ?
D'autant que l'on sait qu'une civilisation ne disparaît pas comme ça, d'un coup de baguette magique ou maléfique. Ça prend son temps pour disparaître, une civilisation. Du reste, de quelle civilisation Olivier Py parle-t-il ? Il ne le dit pas. On ne va pas s’amuser à refaire ici l’histoire du monde en trois lignes, mais l’on connaît tout un tas de civilisations : la civilisation gréco-romaine, la civilisation arabo-musulmane, la civilisation aztèque, la civilisation japonaise, que sais-je encore. Olivier Py veut-il parler de notre civilisation européenne, elle-même héritière de la civilisation gréco-romaine et de la civilisation chrétienne ? Cette civilisation qui donna naissance, par exemple, à Bach, Haendel et, bien sûr, Mozart sur lequel Py vient d’ailleurs d’écrire un livre dans lequel on trouve sans doute plein de belles choses. On ne sait pas.
Du reste, il semblerait que jusqu’à présent, et ce, depuis des décennies, peut-être même des siècles – au moins deux –, nos hommes politiques – mais pas qu’eux – se sont plutôt assez bien débrouillés – sans le RN ! – pour contribuer à leur petit niveau, sur leur petite échelle, à fiche en l’air cette civilisation ou, tout du moins, pour accompagner le mouvement de fond. On ne fera pas ici la liste de ces fameuses « ruptures anthropologiques » consacrées, ces dernières années, par la loi.
Fin d'une civilisation ou d'une culture ?
Plus modestement, disons que l'arrivée au pouvoir du RN pourrait marquer, sinon la fin d'une civilisation, tout du moins la fin d'une culture : par exemple, celle de l'excuse ou encore celle de la subvention... Cela dit, considérons cette « fin d’une civilisation », évoquée par Olivier Py, comme du « grossissement épique ». Bien compréhensible, de la part d’un homme de théâtre (théâtral ?) qui n’hésitait pas à déclarer (mais c'est peut-être de l'humour au énième degré), en septembre dernier, dans la revue culturelle de gauche Commune : « Je pense que je serais un très, très grand ministre de la Culture. Le problème est qu’il faut trouver le Président ou la Présidente. » S’il n’y avait que ça, comme problème...
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