Metapoinfos a reproduit sur son
site un bon point de vue de Bertrand Renouvin, cueilli sur son blog et
consacré à la présidence de François Hollande. Une analyse que le
(modeste) sursaut dans l'affaire malienne ne remet pas fondamentalement
en cause... A notre tour, séduits par la pertinence et l’originalité du
propos, nous présentons ci-après cette analyse à nos lecteurs.
Polémia
Polémia
L’optimisme et le pessimisme sont des
humeurs individuelles qui ne devraient pas affecter le jugement et la
volonté politiques. Variables selon les jours et les saisons, l’état de
santé et les heures de sommeil, ces états d’âme sont
d’ordinaire dominés chez les politiques – pas seulement chez eux – par
l’ambition, les convictions, les projets, en somme par des espérances ou
une espérance.
Répondant à « l’appel, impératif, mais
muet, de la France», Charles De Gaulle fit renaître l’espoir de la
nation parce que lui-même ne cessa d’espérer dans les moments qui
incitaient au pessimisme le plus noir. Cette espérance tenait au
caractère de l’homme et à ses certitudes de politique et de stratège,
mais plus encore : « Pas un illustre capitaine qui n’eût le goût et le
sentiment du patrimoine et de l’esprit humain. Au fond des victoires
d’Alexandre, on retrouve toujours Aristote… » écrivait-il dans Le fil de l’épée.
Tout homme d’Etat, aujourd’hui, devrait
se souvenir avec Charles De Gaulle que « la véritable école du
commandement est celle de la culture générale » et que le salut public
exige la rectitude des convictions. Hélas, c’est le contraire que nous
constatons. La culture générale s’est perdue dans les faux-semblants de
la communication et il est recommandé, pour réussir, de répudier les
idées non conformes.
François Hollande aurait pu rompre avec
le prétendu réalisme des aventuriers politiques. Certains discours, de
belle allure, le donnaient à penser. L’espoir était ténu. Il s’est
amenuisé lorsqu’Eric Dupin nous expliqua, en juin, que le président de
la République n’avait aucune vision de l’avenir et qu’il agirait selon
les rapports de force (1). Les observations de notre invité, point
hostile à François Hollande qu’il connaît depuis fort longtemps, sont
maintenant prolongées dans un article qui précise le portrait (2). A
l’inverse de la célèbre formule de Gramsci, François Hollande aurait «
l’optimisme de l’intelligence et le pessimisme de la volonté ».
Cela signifie que nous sommes dirigés
selon des humeurs. Eric Dupin décrit un homme d’une « sérénité à toute
épreuve » et protégé par son humour, ce qui pourrait être positif.
Cependant, « intimement persuadé que tout finira par s’améliorer en un
juste retour des choses, il se garde de chercher à forcer le destin. Cet
optimiste congénital laisse le volontarisme aux visionnaires naïfs et
aux décideurs aventureux ». Pire : il s’est fabriqué une « philosophie
benoîtement cyclique » qui procède de sa belle humeur et la conforte.
D’où ses déclarations sur la fin de la crise de la zone euro et le
retour de la croissance en 2013. D’où un « réalisme » tissé de
concessions majeures aux banquiers, aux patrons, à la chancelière
allemande - à tous ceux qui montrent ou montreront les dents. « Au
final, l’optimisme bonhomme de Hollande fait le lit d’un fatalisme
arrangeant » conclut Eric Dupin qui nous permet de comprendre ce qui
nous arrive.
Cela ne nous rendra pas compréhensifs !
Avec François Hollande, nous sommes à l’opposé des chefs d’Etat et de
gouvernement qui ont constitué notre pays, des premiers rois de France à
Charles de Gaulle. Tous avaient la volonté de ne pas consentir aux
rapports de force existants – ce qui leur permettait d’en créer de
nouveaux, qui confortaient le projet commun. Tous refusaient les fausses
figures de la fatalité. En ce début de siècle nous sommes passés de
l’activisme de Nicolas Sarkozy - qui masquait la soumission aux
financiers, l’alignement sur l’Allemagne et le retour dans l’OTAN - au
fatalisme de François Hollande qui se contente d’entériner les mêmes
dépendances. Nous sommes seuls, face à un président et un gouvernement
qui ne veulent pas utiliser les pouvoirs considérables qu’ils détiennent
selon la Constitution. Si rien ne s’arrange dans la crise de
l’ultralibéralisme, nous irons vers une violence que François Hollande
prévoit mais que nulle bonne étoile ne peut arrêter… De quels malheurs
la France devrait-elle être frappée pour que le président de la
République prenne les décisions salutaires ?
Bertrand Renouvin http://www.polemia.com/
Le blog de Bertrand Renouvin,
13 janvier 2013
http://metapoinfos.hautetfort.com/index-1.html
Le blog de Bertrand Renouvin,
13 janvier 2013
http://metapoinfos.hautetfort.com/index-1.html
Notes :
(1) Sa
conférence aux « Mercredis de la NAR » a été publiée sous forme
d’entretien dans « Royaliste », n° 1018, 17-30 septembre 2012. Cf. Eric
Dupin, La victoire empoisonnée, Seuil, 2012.
(2) Cf. Slate.fr : http://www.slate.fr/story/66543/hollande-optimisme-pessimisme-volontarisme-strategie
(2) Cf. Slate.fr : http://www.slate.fr/story/66543/hollande-optimisme-pessimisme-volontarisme-strategie
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