Je reviens sur l’imposante
manifestation du 13 janvier à Paris (photo) contre le « mariage » des
homosexuels, sans homophobie (1). Un succès ! Une énorme foule française
« de souche » avec ses enfants. Une foule comme l’occasion n’est plus
donnée d’en voir.
Toutes les informations disponibles nous ont appris que l’épiscopat
français avait été en partie à l’origine de ce mouvement de
protestation. Depuis longtemps, pour reprendre pied dans une société qui
lui devenait toujours plus indifférente, l’Église a fait de la famille
et du mariage le thème majeur de ses efforts. Elle est ainsi en accord
avec sa constante morale individuelle.
Faisant du mariage un sacrement, elle a toujours condamné le divorce,
même quand celui-ci est préférable à l’enfer des haines au sein des
couples désunis, dont les enfants sont les premières victimes. De cette
opposition au divorce elle a même fait jadis un instrument politique
pour affirmer son pouvoir sur les empereurs, rois et princes du temps
passé, mariés le plus souvent pour des raisons sans rapport avec l’amour
mutuel. Il lui est d’ailleurs arrivé de payer le prix de cette
politique. On songe bien entendu au schisme anglican provoqué en 1533
par la condamnation du divorce du roi d’Angleterre Henri VIII (2).
Plus que la lignée qui a toujours suscité sa méfiance dans la mesure
où la chaine des générations échappe à son intervention, le mariage et,
par amplification, la famille « nucléaire » (le couple et ses enfants)
ont toujours fait l’objet de l’attention de l’Église. C’est en effet
dans le mariage (et uniquement dans celui-ci) qu’elle tolère l’amour
sensuel entre un homme et une femme, sinon condamné. Religion de
l’individu et non de la communauté, le christianisme était dans sa
logique en se focalisant sur le mariage.
Le projet de « mariage pour tous » a permis à l’Église de reprendre
pied dans le débat public alors qu’un certain nombre d’affaires
d’homosexualité et de pédophilie avaient éclaboussé une institution
imposant le célibat des prêtres et des religieux.
Sur cette opposition du « mariage pour tous », l’Église s’est trouvée
en accord avec les deux autres grandes religions monothéistes issues de
la tradition biblique, le judaïsme et l’islam (lequel favorise la
polygamie). On a donc vu les représentants de ces trois religions
exprimer ensemble au président Hollande leur opposition commune au
projet de loi socialiste. Et lors de la manifestation du 13 janvier,
quelques banderoles en langue arabe rappelaient l’opposition des «
musulmans de France » au mariage homosexuel.
Tout cela est fort bien, mais on se demande pourquoi l’Église n’a
jamais engagé son influence toujours grande dans le rejet de
l’immigration de peuplement extra-européenne, enjeu pour l’avenir
autrement plus grave et lourd de conséquences que les lubies et
revendications de la petite minorité homosexuelle ?
On connaît la réponse. Sur la question de l’immigration,
contrairement à celle du mariage, l’Église n’a rien à objecter. Bien au
contraire, elle prêche le devoir d’accueil de l’Autre. Un « Autre »,
fut-il musulman, qui présente l’avantage de se référer à
l’interprétation biblique de la transcendance (l’au-delà) face à
l’immanence implicite d’une société européenne largement
déchristianisée. Ce que soulignait encore récemment l’estimable pape
Benoît XVI dans sa célébration du cinquantième anniversaire du concile
Vatican II : « Nous apparaissons fatigués, faibles dans notre conviction de la Vérité qui sauve… (3) »
Je suppose que pour Marine Le Pen, qui a fait du refus de
l’immigration une priorité, cette réalité a pesé dans sa décision de
s’abstenir de participer personnellement à la manifestions du 13
janvier. On ne peut oublier que la présidente du FN a choisi de
s’adresser à tous les Français « de souche », quelles que soient leurs
convictions religieuses. Sa décision lui évitait de se prêter à une
opération médiatique qui pouvait l’éloigner de son électorat laïque.
Dominique Venner
Notes
- Le 6 novembre 2012, sous le titre « Le mariage et les enfants, des biens de consommation ? » j’ai exprimé mes raisons de m’opposer au « mariage pour tous ».
- Sur l’origine et les conséquences du schisme anglican, La Nouvelle Revue d’Histoire vient de publier un article d’Emma Demeester dans son n° 64 (janvier-février 2013), page 17.
- Le Monde, 13 octobre 2012, p. 4.
Source : le site internet de Dominique Venner.
Crédit photo : DR.http://fr.novopress.info/
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