Par Michel Lhomme
Vous
appréciez les paysages islandais mais l’Islande bouillonne aussi d'une
énergie propre, venue directement du centre de la terre. Cette énergie
géothermique, l’Islande l’exporte et elle souhaite désormais aller plus
loin en envisageant d’exporter son électricité grâce à un ambitieux
projet de pipelines vers l’Europe du Nord qui pourrait alimenter en
électricité un million de foyers aux Pays-Bas et en Ecosse.
Cette
énergie géothermique permet de produire de l’électricité et de se
chauffer grâce à la chaleur prélevée directement dans le sous-sol. A
Hverageri, par exemple, on fait pousser différents fruits et légumes
dans des serres tropicales grâce à l’énergie géothermique. 75% des
tomates cultivées dans ces serres sont d’ailleurs directement consommées
par les Islandais et le pays envisage même d’en exporter d’ici 5 ans.
Plus d'énergie disponible que de besoins et donc un produit et un savoir
faire à vendre au monde entier.
L’Islande
a du coup décidé de former à cette science des étudiants étrangers
qu’elle va chercher jusqu’en Afrique. Un jeune kényan étudie ainsi la
géothermie en Islande et se servira de ses connaissances une fois de
retour au pays. Grâce à ses volcans, l'Islande produit aujourd'hui 5
fois plus d'électricité que ce dont le pays a besoin.
L’Islande de la révolution future
Mais
l’Islande, ce n‘est pas seulement cela, c’est une révolution
constituante. Après son refus de payer sa dette, l’Islande vient de
publier son taux de croissance pour 2012 et il est le triple de la
croissance de l’Union Européenne ! A côté de cela, dans les news
économiques, on apprend que Benoît XVI soutient Monti : sans doute la
doctrine sociale de l’Eglise ! Benoit XVI n’a surtout pas imaginé que
l’Islande puisse devenir un modèle ! L’Islande avait déjà terminé
l’année 2011 avec une croissance économique de 2,1% et, selon les
prévisions de la Commission européenne, elle va faire le triple du taux
de croissance attendu pour l’UE en 2012 alors que la croissance globale
de l’Union est prévue à 0,5% en 2012 contre 1,5% en Islande. Pour 2013,
la croissance devrait atteindre 2,7%, principalement à cause de la
création d’emplois
Qu’a donc fait l’Islande ?
Une
thérapie de choc : elle a nationalisé les banques privées! Il faut le
répéter à l’envie : l’Islande a été le seul pays européen qui a rejeté,
par un référendum citoyen, le sauvetage des banques privées et du coup,
accepté consciemment de laisser s’effondrer certaines d’entre elles.
Elle a ensuite jugé les nombreux banquiers pour leurs crimes financiers.
Pendant ce temps, en France, on dort dans les voitures sur le parking
du parvis du Château de Vincennes ou on installe des tentes derrière les
murs du périphérique parisien (voir sous les bretelles de la porte
d’Orléans) et dans un pays comme l’Espagne, le ministre de l’économie
qui fut un grand responsable chez Lehmann Brothers, avait maquillé les
soldes bancaires et gonflé les résultats pour faire croire à une
solvabilité du système financier ! En 2008, Glitnir, Landsbankinn et
Kaupthing furent les banques islandaises nationalisées pour éviter leur
faillite. Elles furent placées sous contrôle démocratique. En juin
dernier, l’une d’elles, Landsbankinn, a même annoncé son intention de
rembourser les intérêts aux détenteurs d’hypothèques pour éviter aux
citoyens de payer leurs pertes.
Nous
avions sur Metamag présenté la vidéo de la révolte islandaise. La
révolte pacifique avait débuté en 2008, sans que celle-ci soit décrite
dans les pages des grands médias européens. Aujourd’hui dans les
publications des experts économistes qui pullulent dans les bacs des
libraires, la révolution islandaise n’est mentionnée que dans des notes
en bas de page, en précisant que ce pays serait un dangereux exemple à
suivre !
À
la fin de 2008, l’ensemble des dettes de l’Islande égalait neuf fois
son PIB. Sa monnaie s’était effondrée et sa Bourse avait suspendu ses
activités, après une chute de 76% ! Le pays a donc fait faillite et a
ensuite reçu un prêt de 2 100 millions de dollars du FMI et 2 500
millions de dollars provenant des pays nordiques et de la Russie. Le
FMI, comme d’habitude, avait exigé, en échange des mesures «
d’ajustement » c’est-à-dire des coupures dans les dépenses sociales sauf
que cette fois-ci, le plan d’austérité du FMI a provoqué la colère de
la population, la chute du gouvernement et la convocation d’élections
anticipées, au début de 2009.
La
gauche a remporté alors la majorité absolue et a provoqué
l’effondrement du Parti de l’Indépendance, un parti conservateur, qui
était traditionnellement la force dominante du pays. Le Parti de
l’Indépendance n’a pu conserver que 23,7% des voix. Johanna
Siguroardottir a été choisie pour diriger le gouvernement réunissant des
sociaux-démocrates, et des écologistes de gauche. En 2010, le
gouvernement a mis sur pied une assemblée constituante de 25 membres,
des « citoyens ordinaires » pour réformer la Constitution. Cette même
année, le gouvernement avait soumis sa population à un référendum sur le
paiement ou non de la dette contractée par les banques : 90% des gens
ont refusé de payer. Le FMI a alors gelé les prêts en espérant que
l’Islande finisse par payer ses dettes illégitimes.
En
septembre 2010, l’ancien Premier ministre Geir Haarde a été mis en
procès pour négligence dans la gestion de la crise. En avril 2011, les
citoyens ont de nouveau dit non à un nouveau référendum sur le paiement
de la dette. Après cela, au mois de décembre, la banque Landsbankinn a
décidé de réduire une partie de la dette, 350 milliards de couronnes,
soit environ 33 % de la dette totale. Il y a quelques jours, les
responsable de la Fiscalité en Islande ont inculpé deux cadres
supérieurs de banque qui ont commis des fraudes au moyen de prêts non
autorisés pendant les opérations qui ont conduit le système financier à
s’effondrer en 2008 : l’ancien PDG responsable de la faillite d’une
grande banque et son responsable financier. Ils auraient abusé de leur
position pour fournir environ 102 millions d’euros sans autorisation,
sans garanties de la part des bénéficiaires et sans avoir consulté le
département de gestion des risques. Les agences de notation Moody,
Standard & Poor et Fitch font pression pour punir l’endettement de
l’Islande mais sans grand succès et toujours en essayant d’ignorer la
reprise économique du pays.
Pourquoi rappeler tout cela en début d’année ?
Pour
préciser par écrit et pour demain le prix du reniement. En se
soumettant à la logique néolibérale de dérégulation et de privatisation,
en déclarant son impuissance à conduire une politique de gauche et en
accordant dans le débat public une place centrale à la rigueur, à
l’austérité, la gauche française se suicide théoriquement et démobilise
les classes populaires. François Hollande, au Val-de-Reuil, en
Normandie, a rappelé que l’Etat ne reprendrait pas PétroPlus, qu’il
était hors de question pour l’Etat d’envisager une quelconque
nationalisation, y compris bancaire. C’est céder aux financiers, c’est
ne pas imaginer d’autre existence sociale et économique au-delà du
libéralisme mais c’est surtout ne pas comprendre que l’heure n’est pas
la même qu’en 2002, par exemple, sous Lionel Jospin.
La
crise du système financier a changé la donne. Pour la première fois, le
système s’engage à faire ce qu’il n’avait jamais fait auparavant dans
l’histoire du libéralisme et du capitalisme : exploiter l’Etat national
lui-même, le dépouiller. Les banques et la bourse ne font, en fait,
actuellement – c’est une lapalissade ! - des affaires qu’avec les Etats.
Les capitalistes volent leur argent, le gardent dans les banques, se
déclarent en faillite et demandent à être renfloués, c’est là la
fantastique affaire d‘un vrai détournement oligarchique de la richesse
populaire. Nos dirigeants européens le savent bien. Ils baissent la tête
et acceptent d’aider les banques pour que le système ne s’effondre pas.
Le régime est en quelque sorte devenu mafieux et le capitalisme
financier escroque les Etats.
le 17/01/2013 - Source : metamag.fr http://lejournalduchaos.hautetfort.com/
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