Présentation du Dossier de La NRH 66 – mai-juin 2013. Par Dominique Venner
Voici cent cinquante ans, le 30 avril 1863, était livrée au Mexique
la fameuse bataille de Camerone, devenue emblématique de la Légion
étrangère et de son esprit de sacrifice. Cet épisode célèbre a inspiré
le dossier de La Nouvelle Revue d’Histoire n° 66 (mai-juin 2013).
N’est-il pas frappant, en effet, que, dans l’histoire européenne, les
défaites glorieuses plus que les victoires soient à l’origine des
grandes sagas et des plus belles légendes ? Charlemagne fut le vainqueur
de nombreuses batailles, mais c’est sa défaite de Roncevaux qui nous
est connue et qu’a célébré la Chanson de Roland, le plus ancien
chef d’œuvre de la langue française. Quant à la défaite de Waterloo,
elle a sans doute compté dans la légende napoléonienne plus que la
victoire d’Austerlitz !
Depuis les origines de l’histoire connue, batailles, victoires ou
défaites ont scandé l’existence des cités, des nations et des empires.
N’en déplaise aux espérances pacifistes aisément compréhensibles, la
guerre est consubstantielle à l’humaine condition. Ce fait est commun à
tous les peuples et à toutes les civilisations, comme l’appétit sexuel
ou celui de la nourriture, alors que tant de comportements et de
créations les distinguent de façon fondamentale.
Mais justement, la manière de concevoir la guerre et les défaites,
s’inscrit dans les distinctions culturelles capitales. Ainsi la Chine,
l’une des plus anciennes et riches civilisations, a-t-elle produit de
célèbres traités de stratégie. Pourtant, comparés à ceux de l’Europe ou
du Japon, les traités chinois ignorent la poétisation du combat, telle
qu’on la découvre déjà dans l’Iliade. L’art chinois de la guerre
écarte le culte de l’héroïsme au profit de subtiles manœuvres ayant pour
but de vaincre l’adversaire sans même combattre. De ce point de vue,
Sun Zi est à l’opposé de Clausewitz. Ce dernier n’a certes jamais
magnifié les défaites, mais sa réflexion a pourtant surgi de la défaite
prussienne d’Iéna, en 1806. En cela, cette défaite fut créatrice et même
fondatrice.
Nous avons donc développé notre réflexion à partir de plusieurs
défaites glorieuses et emblématiques en commençant bien sûr par Camerone
qu’évoque Alexis Neviaski (p. 36). En remontant dans le temps, nous
poursuivons par le sacrifice des Spartiates aux Thermopyles que fait
revivre Mathilde Tingaud (p. 40). Puis viennent la bataille et la
légende de Roncevaux par le médiéviste Bernard Fontaine (p. 43). Jean
Tulard, de l’Institut, médite sur la gloire de Waterloo (p. 46). Pour ma
part, je souligne la place des causes perdues dans l’imaginaire de
Stendhal (p. 48). Charles Vaugeois raconte le siège d’Alamo, prétexte
d’un film célèbre (p. 50). Max Schiavon décrit la poignante tragédie et
les retombées de Dien Bien Phu (p. 54). Enfin, Philippe Conrad attire
notre attention sur quinze autres défaites glorieuses, dont le souvenir a
traversé le temps, de la chute de Troie à celle de Berlin plus de
trente siècles après (p. 59). Des épisodes, il faut le souligner, dont
la participation féminine fut souvent importante, comme nous le
rappelons au sujet de Dien Bien Phu.
Dominique Venner
Source : le site internet de Dominique Venner.
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