La
thèse que je défends sur ce blog est que la crise syrienne a dès le
départ donné lieu à une immixtion de forces étrangères à ce pays ; des
forces qui ont engagé très tôt une action violente, parfois très
professionnelle, contre l’appareil policier et militaire du régime.
Ces
forces étrangères, non contentes d’armer militairement et d’outiller
dans la guerre médiatique des citoyens syriens, qu’ils appartiennent à
la mouvance des Frères Musulmans, du wahabbisme ou tout simplement à
celle de ceux qui pensent que leur avenir personnel ou celui de leur
clan pourrait être plus radieux sans Bachar al-Assad, ont fait venir des
mercenaires de Turquie, de Jordanie, et même de Tunisie, de Tchétchénie
et d’Europe (je ne parle pas là de Syriens résidant en Europe).
Il va sans dire que ceux qui espéraient une démocratisation de la vie politique en Syrie en sont pour leurs frais.
Jean Aziz, qu’on a déjà croisé sur ce blog,
grossit peut-être un peu le trait, mais oui, nous assistons en Syrie à
une guerre entre l’Iran et le Hezbollah d’une part, et l’Arabie
Saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats Unis d’autre part.
Et
c’est l’axe turco-arabo-occidental qui a pris l’initiative de cette
guerre et a fait en sorte qu’elle perdure faute de possibilité de
règlement politique qu’il s’est ingénié à empêcher, exactement comme en
Libye.
Sauf
que l’enjeu stratégique est nettement plus important en Syrie qu’en
Libye et que si les Américains jouent là avec la sécurité de leur entité
sioniste adorée, les monarques jouent peut-être leurs têtes !
Pourtant, dans un monde rationnel, cette crise aurait été réglée depuis longtemps ou n’aurait jamais eu lieu.
Mais
un monde rationnel serait un monde où les Etats Unis au lieu de
chercher la confrontation avec l’Iran, le Hezbollah et la Syrie,
chercheraient à avoir des relations normales avec ces pays avec lesquels
ils ne devraient avoir à priori pas de conflit aigu.
Oui,
j’écris ces pays car je ne compte pas le Hezbollah qui n’existerait pas
si les Etats Unis ne s’entêtaient pas à soutenir inconditionnellement
une entité sioniste qui ne pourra jamais avoir un statut normal dans la
région.
Même
si, pour les pétromonarchies d’Arabie et du Qatar, tout l’enjeu d’une
défaite de l’axe Syrie – Hezbollah – Iran est la possibilité de pouvoir
enfin normaliser leurs relations avec l’entité sioniste et donc
d’enterrer définitivement les droits du peuple palestinien.
L’objectif est illusoire certes et les monarques comme le Grand Turc devraient méditer ce propos de Kant :
Est illusion le leurre qui subsiste même quand on sait que l’objet supposé n’existe pas.
L'Iran contre la diplomatie saoudienne au Liban
par Jean Aziz,
Al-Monitor Lebanon Pulse, 29 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri
Trois
semaines de développements de la situation au Liban ont suffi pour
effacer le sentiment qu’une percée dans les relations entre l’Arabie
Saoudite et l’Iran était proche, du moins au Liban. Ce sentiment avait
pris corps le 6 avril quand le parlement libanais a désigné, dans un
consensus presque total, le député de Beyrouth Tammam Salam pour former
le nouveau cabinet.
Au
début, il y avait certains signes qu’une percée dans la relation entre
l’Arabie Saoudite et l’Iran était en vue. L’ambassadeur Saoudien à
Beyrouth, Ali Awad Asiri, avait clairement fait une ouverture en
direction du Hezbollah. A un point tel que certains avaient dit que
l’Arabie Saoudite avait entamé des contacts directs avec la plus
puissante organisation chiite du Liban par l’intermédiaire d’un officiel
des services de sécurité libanais qui jouit de la confiance du
secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah en personne. On a même
dit que l’adjoint de Nasrallah, le Cheikh Naim Qassem devait se rendre
en Arabie Saoudite à la tête d’une mission du Hezbollah avec la mission
de discuter des relations entre la banlieue sud de Beyrouth et Riyad. La
délégation devait aussi aborder le problème de la formation d’un
nouveau gouvernement [au Liban] et l’acceptation d’une nouvelle loi pour
les élections législatives pour faire en sorte que les élections
interviennent avant la fin du mandat de l’assemblée actuelle le 20 juin
et éviter ainsi au Liban d’aller vers l’inconnu.
Cette
impression optimiste a vite disparu et il est devenu évident que la
stratégie de la tension entre les axes saoudien et iranien reste
d’actualité jusqu’à nouvel ordre.
Il
semble que les deux parties pratiquent un jeu de dupe pour améliorer
leurs positions et leurs capacités en préparation d’une attaque surprise
contre l’autre camp.
Sous
couvert d’ouverture en direction du Hezbollah à Beyrouth, l’axe
saoudien a l’œil rivé sur une bataille régionale pour renforcer le siège
du régime syrien et renverser le président Bachar al-Assad. Au moment
où les Saoudiens se préparaient à attaquer la capitale syrienne, ils
avaient jugé prudent de ne pas ouvrir plus d’un front à la fois. Ils ont
donc fait une trêve avec le Hezbollah et montré de la bonne volonté à
l’égard de ce dernier, tandis que le nœud coulant arabo-turco-occidental
se resserrait autour du cou d’Assad.
De
leur côté, l’Iran et le Hezbollah ne se sont pas laissés berner par la
manoeuvre saoudienne. Quelques jours après avoir commencé à tester les
réactions de l’autre camp, l’Arabie Saoudite a commencé son attaque :
les alliés libanais de Riyad ont durci leurs positions en formant un
nouveau gouvernement et en définissant une loi électorale, ce qui a fait
prendre conscience à l’axe du Hezbollah [le Hezbollah et ses alliés au
Liban] de la manœuvre, ce qui a amené cet axe à changer de tactique. Le
Hezbollah a alors contre attaqué sur presque tous les fronts.
Il
semble que l’Arabie Saoudite avait misé sur une évolution favorable de
la situation militaire en Syrie quand cette évolution a en fait été
favorable au camp iranien. Un facteur sur le terrain a inversé la
donne : en deux semaines, les forces pro-régime ont avancé dans toutes
les régions autour de Damas et de Homs. Ce développement a placé les 370
kilomètres de frontière syro-libanaise sous le contrôle du régime
syrien et de ses alliés au Liban. Ce qui a piégé et isolé une partie
significative des Sunnites – qui sont traditionnellement soutenus par
l’Arabie Saoudite et sont près d’un demi-million à Akkar et à Tripoli –
par l’interposition de l’armée syrienne et de ses alliés libanais.
Mais
la riposte contre l’Arabie Saoudite au Liban a d’autres manifestations:
la visite du Hezbollah à Riyad dont on parlait n’a jamais eu lieu et on
a appris que Nasrallah est allé à Téhéran dernièrement. Malgré de
nombreuses conjectures sur les objectifs de cette visite et son timing,
le Hezbollah a ostensiblement gardé le silence sur ce sujet. Le parti ne
l’a ni confirmée, ni infirmée. Cependant, des photos de Nasrallah
rencontrant le Guide Suprême Iranien Ali Khamenei ont été publiées sur
les réseaux sociaux. Des cercles proches du Hezbollah affirment que la
photo était tirée d’archives, mais la photo n’a pourtant pas l’air bien
ancienne.
Une
autre manifestation de la contre attaque a été l’annonce par Israël de
la destruction au dessus de la mer au large d’Haïfa d’un drone venu du
Liban. Mais à la différence d’incidents similaires, comme quand Israël
avait détruit le drone Ayyoub le 9 octobre 2012, le Hezbollah a
promptement démenti avoir un rapport quelconque avec cette affaire.
Certains ont interprété ce démenti comme étant causé par l’échec du
drone «Ayyoub 2» à pénétrer en profodeur en territoire israélien. Mais
le drone avait peut-être simplement comme objectif de survoler les
champs gaziers israéliens en Méditerranée. Dans ce cas, le drone a
réussi à envoyer le message à Israël, ce qui explique aussi le démenti
du Hezbollah.
Ces
deux derniers jours, ce cercles proches du parti ont traité cette
affaire d’une manière évasive en demandant: Et si toute cette affaire se
résumait à un gamin du sud Liban qui jouait avec un avion télécommandé
amenant les Israéliens à suspecter le Hezbollah de leur faire la
guerre ?
Certains
à Beyrouth pensent que la contre attaque iranienne contre les avancées
de l’Arabie saoudite, qui se sont traduites par la démission de l’ancien
premier ministre Libanais Najib Mikati se déploie bien au-delà de la
scène libanaise pour toucher le Bahreïn et même l’Irak. On a parlé de
découvertes de caches d’armes pour l’opposition bahreïnie à Manama ; et
les troupes du premier ministre Irakien Nouri al-Maliki sont entrée à
Hawija et menacent de faire la même chose à Anbar.
Toutes
choses qui confirment une fois encore que tout accord entre les
Libanais doit se faire sous des auspices internationaux, c’est-à-dire au
minimum une entente entre Washington et Téhéran. Mais une telle entente
ne pourra sans doute pas intervenir tant que ne se seront pas produits
certains événements, que ce soient les élections présidentielles en Iran
en juin prochain ou les résultats des discussions d’Almaty sur le
nucléaire (si elles reprennent).
Entre
temps, la situation libanaise va déboucher soit sur la prolongation de
la crise par la prolongation du mandate du parlement et le report de la
formation d’un nouveau gouvernement, soit sur l’explosion de la
situation!
La plupart des organisations libanaises et des parties étrangères préfèrent la première option.
Jean
Aziz est un collaborateur d’ Al-Monitor’s Lebanon Pulse. Il est
éditorialiste au journal libanais Al-Akhbar et anime une émission de
débat politique sur OTV, une chaîne de télévision libanaise.
Ajoutons
que ce chrétien a d’abord appartenu aux Forces Libanaises, un mouvement
d’extrême droite avant de rejoindre le général Michel Aoun sur une
position nationaliste, modérément antisyrienne (ou modérement
prosyrienne), favorable à l’entente interconfessionnelle et hostile à
l’entité sioniste. C’est pourquoi on dit qu’il est proche du Hezbollah.
Il l’est à peu près à la façon de Michel Aoun.
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