On
connaît depuis longtemps, quasiment depuis l’attaque de septembre 2001,
le tour polémique aigu qu’a pris le concept du “complotisme” (ou
“théorie des complots”), dont l’expression falseflag est une
des expressions sémantiques de représentation récemment mise en vogue et
très utilisée aujourd’hui. Il s’agit d’abord d’une question centrale de
communication accordée au règles de fer du conformisme-Système, avec le
constat que l’idée même d’une telle hypothèse de montage a été, dans
son principe, dès l’origine, non seulement rejetée mais diabolisée à
l’égal des pires diabolisations imposées par le Système. Cela
correspondait bien entendu à la “mythologisation” de l’événement 9/11
que rien ne devait entacher ni mettre en doute, qui
s’est accompli selon un processus-Système quasiment automatique
(c’est-à-dire sans “complot” humain de la part du Système, puisque de la
part du Système), impliquant un verrouillage fait de références
obligatoires et destiné à emprisonner l’esprit dans un mode de pensée de
pérennisation et de légitimation du Système. (A notre sens, ce
processus, toujours dans un mode automatique renvoyant à la dynamique de
surpuissance du Système, est allé jusqu’à une tentative de faire de
9/11 un événement métaphysique [voir le 11 octobre 2011].
A cet égard, l’événement de l’attaque du 11 septembre 2001 peut sans le
moindre doute être considéré comme “refondateur” de la légitimité du
Système pour sa dernière phase d’expansion et de domination telle qu’on
l’a vue se développer, justement à partir de 9/11, – mais, très vite,
avec des avatars et des crises tendant à l’autodestructiont qui ont
rendu encore plus sensible toute mise en cause avec potentialité de
“dé-mythologisation” de cet événement.)
De
ce point de vue évoqué, la situation était que toute personne
envisageant une telle possibilité de complot, de manipulation, de
montage, etc., concernant 9/11, puis bientôt concernant tous les actes
de la “politique de l’idéologie et de l’instinct” de l’époque Bush, transformée ensuite avec l’abandon de références politiques courantes en politique-Système,
devait être considérée comme subversive, moralement condamnable sans
appel, quasiment relaps ou hérétique, etc. Nous insistons
particulièrement sur ce point : nous ne parlons pas de la valeur ou non,
de la véracité ou non de telle ou telle hypothèse de complot, de
montage, etc., mais bien d’un principe-Système. (Si le mot “principe”
peut-être accolé au Système, ce qui est en soi une contradiction, mais
qui peut être accepté pour ce cas en comprenant que le terme “principe”
est employé techniquement et nullement dans sa signification
ontologique. S’il est considéré ontologiquement, il doit être apprécié
dans ce cas comme une totale inversion de la véritable signification
d’un “principe”.)
C’est dans ce contexte de terrorisation
des psychologies opérationnalisée par le Système que la nouvelle selon
laquelle l’ancien chef de cabinet du secrétaire d’État (2001-2005) Colin
Powell, le colonel Lawrence Wilkerson, estime que l’actuelle polémique
sur l’emploi du chimique en Syrie pourrait être, notamment mais
significativement, une opération falseflag israélienne est un fait important. L’emploi même de l'expression/du mot falseflag,
qui fait partie du vocabulaire “démonisé” par le Système, est en soi un
fait symbolique d’une grande signification. Quoi qu’il ait déjà exprimé
des opinions critiques très appuyées,
Wilkerson reste, du fait de sa carrière et de ses fonctions anciennes,
un personnage qui peut être considéré comme faisant partie du Système.
Cette appréciation est d’autant plus acceptable qu’il est admis qu’à
cause de ses liens avec Powell les déclarations de Wilkerson sont d’une
façon courante considérées comme implicitement cautionnées par Powell, –
personne considérable du Système, pour sa part. (Il est possible que sa
déclaration fasse évoluer ce “statut” de Wilkerson, mais c’est une
autre affaire. Dans tous les cas, cela nous paraît improbable à cause du
désordre régnant aujourd’hui à l’intérieur du Système, – comme nous
argumentons plus loin.)
La nouvelle a été donnée dans un article de Jurriaan Maessen sur son site Explosive Report, le 3 mai 2013. Elle a été aussitôt reprise, bien entendu, sur Infowars.com, le même 3 mai 2013. (On connaît la réputation et la spécialité d’Infowars.com.
Le site ne va pas rater une nouvelle qui conforte à ce point son fond
de commerce fondamental, qui est l’exploitation des nouvelles et
hypothèses en tous genres, de complots, manipulations, et falseflag en tous genres.)
«Former
chief of staff to Colin Powell, Retired Colonel Lawrence Wilkerson,
told the Young Turks the early “indications” of the use of chemical
weapons by the Syrian regime could point to “an Israeli false flag
operation”. Wilkerson: “We don’t know what the chain of custody is. This
could’ve been an Israeli false flag operation, it could’ve been an
opposition in Syria… or it could’ve been an actual use by [Syrian President] Bashar al-Assad, but we certainly don’t know with the evidence we’ve been given.”»
Le reste de l’article reprend diverses occurrences où des hypothèses de falseflag
dans diverses affaires ont été évoquées dans des organisations proches
du Système, par des personnalités-Système mais de moindre envergue que
Wilkerson. Ces cas n’ont absolument pas la signification symbolique de
l’intervention de Wilkerson et ne servent que d’illustrations pour la
défense du “principe” de la possibilité de falseflag, chose qui ne nous intéresse pas ici. (Que les falseflag,
les “complots”, etc., existent, c’est une évidence à laquelle il est
inutile de s’attarder. Le cas traité ici est bien entendu celui du
principe-Système qui repousse cette hypothèse comme relaps dès lors
qu’elle a quelque lien que ce soit avec 9/11, qui reste la référence
sacrée à cet égard.)
Le cas de Wilkerson tend à renforcer les constats que nous faisions dans un de nos textes consacrées à l’attaque de Boston, le 23 avril 2013 : «Le
premier et le principal constat remarquable de cette deuxième phase de
l’attaque de Boston, avec l’identification et l’élimination des deux
suspects aussitôt qualifiés de coupables, c’est ce climat extraordinaire
où l’hypothèse du montage et de la manipulation par les services de
sécurité US, FBI en tête, est non seulement une hypothèse honorablement
admise mais pas loin d’être l’hypothèse principale. Dans tous les cas,
il y a une sorte d’unanimité dans la mise en cause du FBI, allant
effectivement de l’hypothèse d’incompétence aux hypothèses beaucoup plus
sombres de manipulations.» Nous développions ensuite le thème de cette “popularisation du complotisme”, le 26 avril 2013 («Boston et la symbolique du triomphe du complotisme»).
Il est bien entendu que nous plaçons l’intervention de Wilkerson dans
le cadre du “climat” qui a notamment permis que se développe, à propos
de l’attentat de Boston, ce que nous en avons décrit.
D’une
façon générale, cette évolution n’est pas anecdotique et ne peut être
considérée simplement comme la progression de perceptions plus nuancées à
l’intérieur du Système, dans le cas de l’un ou l’autre individu, non
plus simplement comme une progression de la perception de la situation
syrienne et du comportement d’Israël. Il s’agit de l’illustration d’une
tendance plus générale qu’on a vue déjà exposée à l’occasion de
l’affaire de l’attentat de Boston et autour de cette affaire, au niveau
du système de la communication. On y distingue aisément la décadence
d’une perception générale accordée aux normes du Système et de
l’expression de l’unité de vue au moins sur les grands thèmes et les
grands axes de jugement à l’intérieur des directions politiques et des
élites du Système. On peut alors interpréter cet épisode, comme la
situation générale à laquelle on se réfère, comme le reflet au sein du
système de la communication de différents désordres qui prolifèrent,
aussi bien dans les aspects extérieurs de la politique-Système, comme le
désordre de la politique-Système en Syrie par exemple, aussi bien dans
les aspects intérieurs avec le désordre de politique intérieure à
Washington même, que ce soit entre les différents centres de pouvoir,
les concurrences entre agences et ministères, ou que ce soit à
l’intérieur du corps politique, à l’intérieur des deux ailes (démocrates
et républicains) du “parti unique” et entre ces deux ailes. La
conséquence de ces désordres est la démobilisation et la dissolution de
la psychologie-Système dans son rôle premier d’interprétation absolument
favorable au Système avec censure hermétique de quelques grands
domaines “sacralisés”. Le résultat est la dégradation et la dissolution
de l’interprétation de la politique-Système générale, la dissolution de
la cohésion, et la perte de vue des références essentielles du Système.
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