Nul ne peut en douter désormais. Pendant une période assez
longue l'exigence de réformes préconisées par la Commission européenne va
dominer, plus ou moins subrepticement, le débat économique, social et politique
franco-français. Les uns se passionneront autour de la légitimité de cette
pression venant d'une autorité supranationale, les autres y verront la main de
la haute finance apatride.
Certains pourront même reprendre au sujet de ces orientations
eurocratiques la fameuse critique de Bainville à propos du traité de
Versailles : trop fort pour ce qu'il manifeste de points faibles, trop
faible pour appliquer vraiment ses clauses les plus dures. À vrai dire en effet
on peut répéter cette analyse pour toutes les macrodécisions "globales"
inspirées par des instances synarchiques internationales où l'on distingue mal
qui les prend et qui va les appliquer.
Disons quand même que la véritable question tourne dans le cas
précis autour de la pertinence des observations que dès le 3 mai les
autorités de Bruxelles ont communiqué aux ectoplasmes de l'Hexagone.
Osons donc d'abord le soutenir ici : en suggérant
fortement au gouvernement de Paris de mettre de l'ordre dans deux ou trois
séries de dossiers, le commissaire européen Olli Rehn rend aux Français un
service éminent.
"Le Monde" en faisait la première page de son édition papier en
date du 10 mai et la nouvelle se trouvait depuis la veille en ligne sur
son site internet : "Olli Rehn, le commissaire européen chargé des
affaires économiques et monétaires, a accepté d'étaler dans le temps les
chantiers ouverts, en échange d'engagements les plus précis possibles de Paris
en matière de réduction des dépenses publiques, et, surtout, de réformes
structurelles". (1)⇓
On trouvera donc toujours des gens pour ergoter. Georges
Brassens en fait la chute d'une chanson, qu'il intitula "Corne
d'Auroch". Le personnage ainsi dépeint possède toutes les caractéristiques
du triste sire. Il meurt comme il a vécu, stupidement, refusant de se soigner
au motif que "c'était à un Allemand qu'on devait le médicament".
En l'occurrence le commissaire européen chargé des affaires
économiques et monétaires est un homme politique finlandais. Il représente,
dans son pays, le Suomen Keskusta. Cette formation siège au Parlement européen au
sein de "l'Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe". Le
parti français affilié, en tant qu'observateur, est curieusement l'inoffensif
allié du PS, le parti radical de gauche.
Revenons donc sur les trois axes de réformes qu'Olli Rehn
demande au gouvernement français d'accomplir.
1° La durabilité du système de pensions.
2° La réforme du marché du travail
3° La libéralisation des marchés des biens et services
Les deux premiers points sont devenus familiers à l'opinion
française. Certaines demi-mesures sont déjà intervenues, depuis la simili
réforme des retraites sous le gouvernement Fillon en 2010 : on savait déjà
à cette époque que, dès 2013, il faudrait revoir la copie : nous y voilà.
La notion d'un "financement pérenne" ne peut plus demeurer sans
réponse. Quant au marché du travail, le coût de la main d'œuvre est régulièrement
évoqué par le Medef qui se garde d'ailleurs de mettre en cause le monopole de
la sécurité sociale.
C'est sur la question de la libéralisation, évidemment
nécessaire, des marchés des biens et des services que les Français se
trouveront bientôt surpris : il leur faudra découvrir ce que leur coûtent dans
leur vie quotidienne les quantités de petits monopoles abusifs qu'on leur
dissimule.
On ne saurait donc, contourner la nécessité d'en évoquer
quelques aspects, depuis le blocage du développement des transports par les
bureaucraties syndicales jusqu'aux rentes spoliatrices détenues par les gros
intérêts de la distribution. Il faudra par conséquent s'y employer sans hésitation,
quitte à faire grincer des dents.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
Apostilles
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire