La rentrée scolaire approche. Quelle est la priorité du gouvernement ?
Lutter contre les « stéréotypes de genre », afin qu’ils soient «
déconstruits et mis à distance », selon les mots d’un rapport remis fin
juillet au ministre de l’Enseignement.
Vincent Peillon, flanqué de l’inénarrable Najat Vallaud-Belkacem, y
travaille donc dur : une formation obligatoire des professeurs est
prévue dans les « ESPE » (Écoles supérieures du professorat et de
l’éducation), qui remplaceront en septembre les IUFM ; les manuels
scolaires seront revisités, et dès la rentrée, un dispositif baptisé «
Les ABCD de l’égalité » sera lancé dans 500 classes de primaire, visant,
comme dans la crèche Bourdarias que Najat Vallaud-Belkacem a visitée il
y a quelques mois, à éradiquer dès le plus jeune âge les clichés et
comportements sexistes. Une formation et des outils spécifiques sont
prévus pour repérer les attitudes « genrées »…
Même si nos deux compères au gouvernement ont conscience, comme le
dit toujours le même rapport, que la question du « genre » peut susciter
de « fortes résistances et des réactions très négatives ». On rigole.
La gauche fait l’expérience du mot piégé qui vous explose entre les
mains. Eux, les maîtres artificiers du verbe, les spécialistes de la
manipulation sémantique à la nitroglycérine viennent de comprendre
qu’ils ne pourront plus dégoupiller le mot « genre » qu’avec d’infinies
précautions.
Quoi qu’il en soit, comme le stipule le rapport, il faudra par
exemple en finir avec le cliché de la « fille sage et laborieuse ».
Quelle bonne idée. Vive la fille agitée et qui n’en fout pas une. Il
restait un segment de population tenant à peu près en place pendant les
heures de cours, il serait dommage de ne pas l’encourager à mettre le
boxon. Dans la crèche Bourdarias aussi, on recommande aux fillettes de «
faire du bruit, crier, grimper ». C’est le ci-devant secrétaire d’État à
la Justice Jean-Marie Bockel qui ne doit pas en revenir… lui qui, fin
2010, dans un rapport sur la prévention de la délinquance juvénile,
mettait en garde contre le développement exponentiel des bandes de
filles « mimant des conduites jusqu’à présent masculines ».
Est dénoncée aussi, dans le secondaire, la sous-représentation des
filles dans les filières scientifiques. Non qu’elles n’en aient pas le
choix – puisque les filles, « sages et laborieuses », réussissent mieux à
l’école –, mais elles n’en ont pas le goût. Et libérer la femme, ce
n’est pas, pour le gouvernement, lui laisser le choix, c’est la forcer à
faire le « bon » choix, comme on l’a déjà vu pour la réforme récente du
congé parental. Il faudra donc faire rentrer à la trique et au
chausse-pied les récalcitrantes dans une filière scientifique, faire
d’elles des malgré-nous du BTP, de l’informatique et de la maintenance
de plate-forme off shore. Ce qui contribuera fortement, on s’en doute, à
leur épanouissement.
Si l’on voulait réellement œuvrer pour les femmes, ne faudrait-il pas
au contraire revaloriser les filières littéraires, pour lesquelles
elles ont visiblement de l’appétence ? À l’instar de Serge Villepelet,
président (jusqu’au mois dernier) de PricewaterhouseCoopers France et
auteur du livre Un patron qui aime les littéraires, ne faudrait-il pas
mettre en avant les qualités propres d’une formation littéraire – de
rédaction, de synthèse et d’analyse – pour l’entreprise ? Ne faudrait-il
pas en finir avec le « tout sélection par les sciences », voulu par le
sociologue marxiste Bourdieu, celui-ci accusant les formations
littéraires d’être socialement discriminantes et de favoriser «
l’endorecrutement » des classes dominantes ?
Gabrielle Cluzel dans Boulevard Voltaire
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