
Par François Marcilhac
Le 17 décembre dernier, le comte de Paris a publié un communiqué défendant les agriculteurs français à la fois dans l’épreuve qu’ils traversent en matière sanitaire et contre le Mercosur. Plaidant « pour une agriculture indépendante et raisonnée », il dénonçait, dans le premier dossier « la folle décision de l’État de continuer les abattages systématiques » et, dans le second, « la perte d’influence de la France au sein de l’Union », appelant à un nouveau « compromis de Luxembourg », cette fois en matière agricole, fût-ce au prix, comme De Gaulle le fit en 1966, d’une « politique de la chaise vide ».
Des renoncements successifs
Tout était dit : à force de renoncements successifs en matière de souveraineté, appuyés sur une idéologie européiste de dépassement des nations, nos élites politiques, médiatiques et financières, voire syndicalistes — le jeu trouble de la FNSEA, pour ne prendre qu’un exemple lié à l’actualité — n’ont plus pour souci la défense de la France et de ses intérêts au sein d’une Europe à laquelle elles sont les seules à croire comme à une nouvelle promesse messianique. Nos partenaires de l’UE, eux, ne sont en effet « européens » que dans la mesure où ils pensent que cela favorise les intérêts de leur nation, surtout lorsque l’Europe sert de vecteur à la renaissance d’un nationalisme arrogant, voire militariste : il en est ainsi de l’Allemagne du chancelier Merz, qui ne cache plus — l’a-t-il d’ailleurs jamais fait — ses ambitions pour le nouveau Reich qu’il souhaite construire aux dépens de la France. Pourquoi le ferait-il, puisqu’il trouve en Macron, tout à ses ambitions européennes, une aide précieuse, qui confine à une complicité au moins objective ? Une politique de la chaise vide ? Vous n’y pensez pas ! Que diraient nos partenaires ! Comme si l’Europe pouvait exister sans la France ! Mais nos élites ont trop appris, du haut de leur morgue mondialiste, à mépriser leur pays et son peuple, pour penser que la France a encore le droit d’exister comme nation souveraine, voire, simplement, d’affirmer ses intérêts. L’affaire du Mercosur est la preuve flagrante de cette absence à la fois d’anticipation et de détermination réelle, alors que l’Allemagne, s’agissant de l’absurde interdiction de la vente de voitures thermiques à compter de 2035, interdiction qui frappait particulièrement son industrie automobile, a su faire plier la Commission, d’autant plus que sa présidente est allemande… et que c’est également pour cette raison qu’elle est aussi favorable à un Mercosur qui favorisera son pays.
L’Europe n’existe pas
L’Europe, on peut le regretter ou s’en satisfaire, n’existe pas. Seuls existent des États qui y trouvent, pour des raisons multiples et à géométrie variable, qu’elles soient historiques, économiques, monétaires, géopolitiques, militaires — que sais-je encore — leurs intérêts, ou du moins le croient-ils. Les plus forts, comme l’Allemagne, ou l’Italie, soit y imposent leur vue, soit savent s’en débrouiller au mieux de leurs intérêts, au prix parfois — mais comment le leur reprocher — de contorsions ou de conflits ouverts. Naguère la Pologne, mais aussi la Hongrie, la République tchèque, la Slovénie, le Danemark — où gouverne assurément la gauche la plus intelligente de l’Union, c’est-à-dire la plus pragmatique —, ne s’en laissent pas compter et conduisent en différentes matières les politiques qu’ils jugent les plus conformes à leurs intérêts. La « petite » Belgique elle-même, pays pourtant fondateur de l’UE, et au cœur des institutions européennes, dont Bruxelles est en quelque sorte la capitale, résiste toujours, à l’heure où nous écrivons, sur la question des avoirs russes gelés, non seulement à la gourmandise bien compréhensible de Zelensky, qui est à la tête d’un État corrompu, mais surtout à la partie va-t-en-guerre, malheureusement majoritaire, des États de l’Union, ainsi qu’à l’appétit de Trump, ce qui arrange peut-être Paris, qui s’abrite de cette façon derrière son voisin outre-Quiévrain — du moins pour l’heure, car on ne sait jamais avec Macron. On sait en revanche que l’utilisation de ces actifs, interdite par le droit international, ouvrirait une boîte de Pandore qu’on ne serait pas près de refermer !
La France, la France seule
Nous n’apprendrons rien à nos lecteurs en disant que l’année qui s’ouvre est donc celle de tous les dangers en matière internationale. Les bellicistes vont redoubler de propagande afin d’arriver à leurs fins : discours alarmistes ou tragi-comiques sur la solidarité européenne face à une menace existentielle qui n’existe que dans leur imagination, provocations en tout genre, instrumentalisation de l’histoire… Ils espéreront ainsi faire advenir ce dont ils disent vouloir prémunir le continent, le tout avec l’objectif d’intensifier une « construction » européenne sur fond d’une panique savamment orchestrée. Face à la guerre qui viendrait, il sera facile de plaider le partage toujours plus grand de nos compétences ou de nos derniers pans de souveraineté, notamment en matière militaire, tout en dénigrant comme défaitiste ou favorable au camp d’en face le discours des patriotes qui refuseront que le sort de l’Ukraine scelle, en matière d’indépendance et de souveraineté, celui des nations constituant l’Union européenne qui souhaitent encore vivre libres : il en est ainsi singulièrement du peuple français. La France, la France seule, tel doit être l’axe de notre politique. C’est-à-dire non pas une France isolée dans un superbe déni de réalité, mais une France qui ne pense d’abord qu’à la légitime défense de ses intérêts et qui, à cette fin, et dans ce cadre, renoue avec une politique indépendante et raisonnable, qui fut toute la politique capétienne durant mille ans, une politique favorable à l’équilibre entre les nations et donc à la paix.
Pour un retour de l’autorité
C’est pourquoi il conviendra de ne rien laisser passer et de montrer à nos compatriotes qu’il s’agit plus que jamais de « savoir raison garder », selon la belle devise de nos rois, en ne se laissant pas convaincre par des discours visant à les apeurer. Car être tenté de gouverner par la peur, c’est tout ce qui reste à un pays légal qui se sait discrédité dans l’esprit d’une majorité de Français, parce qu’il a coupé tout lien avec le pays réel. À tel point que des Français de plus en plus nombreux, face à l’impuissance politique de nos gouvernants, se mettraient à douter de la sacro-sainte démocratie. Comment les en blâmer, quand les membres eux-mêmes du gouvernement, notamment en matière d’immigration, de justice et de police, revendiquent leur impuissance au nom d’une sacralisation d’un État de droit qui n’est que celle d’une idéologie mortifère, aux facettes multiples et devant laquelle nos plus hautes juridictions ont démissionné, prenant leurs consignes à Strasbourg, siège de la CEDH, ou à Luxembourg, siège de la Cour de justice de l’Union européenne. Comment les en blâmer quand les mêmes s’avouent impuissants face à une réglementation européenne kafkaïenne, préjudiciable à notre économie — notamment en matière énergétique ou agricole —, alors que cet asservissement est leur œuvre depuis au moins Maastricht ? Comment l’autorité ne tenterait-elle pas les plus lucides de nos concitoyens, face à un régime démocratique, de fait oligarchique, qui est devenu à lui-même sa propre fin ? L’autorité, étymologiquement, n’est-ce pas ce qui accroît ? Positive donc, à moins de se dénaturer, contrairement au pouvoir qui est neutre au plan moral, l’autorité vise le bien commun. C’est la raison pour laquelle notre pays légal, qui n’est plus au service du pays réel, n’a plus aucune autorité : il ne sait plus que recourir à la force brute ou à la coercition réglementaire. Ceux qui en appellent à l’autorité en appellent au retour d’un pouvoir politique indépendant, libéré de toute soumission à des intérêts étrangers, visant le seul bien commun : en deux mots, légitime et capable d’exercer cette légitimité. Ils en appellent au Roi.
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