
À Belfast, les recompositions du dissidentisme républicain continuent de se mêler aux logiques de territoire, aux règlements de comptes internes et à la question du narcotrafic. Selon un article publié par Sunday Life, la nouvelle direction de l’ONH, pour Óglaigh na hÉireann, entend désormais reprendre l’initiative dans certains quartiers républicains de l’ouest de la ville en menaçant directement les trafiquants de drogue. Le message transmis serait clair : empêcher l’émergence de nouvelles figures du trafic comparables à Jim “JD” Donegan et Sean Fox, deux caïds de la cocaïne jadis exécutés par ce même groupe.
D’après ce récit, le nouveau chef de l’organisation serait un ancien membre de l’IRA provisoire, connu autrefois comme homme de main durant les Troubles. Son camp aurait pris le dessus après l’éclatement de l’ONH l’an dernier, au terme d’une lutte interne particulièrement brutale. La faction rivale, associée à Carl Reilly, aurait été vaincue, et son ancien dirigeant vivrait désormais dans la clandestinité, avec la crainte d’être lui-même éliminé.
La ligne désormais mise en avant par l’organisation serait double. D’un côté, restaurer une forme de contrôle dans certains secteurs républicains en promettant des attaques de type “punishment”, autrement dit des violences punitives visant les trafiquants, notamment des tirs dans les jambes ou des passages à tabac. De l’autre, tenter de reconstruire une vitrine politique avec la création annoncée d’un mouvement baptisé Glór na hÓglaigh, soit “La voix des volontaires”. Selon plusieurs sources citées dans la presse locale, une vague de “kneecappings” (tir dans les genoux) et d’agressions punitives pourrait ainsi viser des dealers dans les semaines à venir à Belfast.
Cette évolution illustre un trait ancien du paramilitarisme républicain dissident : sa volonté de se présenter à la fois comme force idéologique, appareil clandestin et autorité de substitution dans certains quartiers. La drogue, dans ce cadre, sert souvent de prétexte ou de justification à des démonstrations de puissance armée. L’organisation chercherait aussi à recruter parmi de jeunes républicains hostiles au PSNI, la police nord-irlandaise, même si aucune campagne contre les forces de sécurité ne semblerait, à ce stade, envisagée.
L’autre versant de cette recomposition concerne la guerre interne qui a ravagé l’ONH. Carl Reilly, ancien cadre du groupe récemment sorti de prison après une condamnation pour appartenance à l’organisation, aurait tenté de reprendre la main l’an dernier. Mais il se serait heurté à une nouvelle direction opposée à sa stratégie, notamment à sa volonté d’obtenir des financements publics pour des projets liés au groupe dissident alors en cessez-le-feu. Ce conflit stratégique s’est transformé en rupture ouverte, puis en lutte de pouvoir.
Toujours selon Sunday Life, Reilly aurait perdu le soutien de plusieurs proches, parmi lesquels Sean O’Reilly, lui-même ancien prisonnier républicain et survivant d’une tentative d’assassinat en février 2025, lorsqu’il avait été grièvement blessé par balles alors qu’il se trouvait dans son taxi à l’ouest de Belfast. Thomas “Ta” Cosgrove, autre figure républicaine, se serait également tenu à distance de cette guerre fratricide. Les sources citées dressent un tableau brutal : Reilly n’aurait plus guère d’alliés, et certains au sein du mouvement considéreraient même qu’il n’a plus d’avenir dans l’organisation.
L’ONH, qui a revendiqué ou auquel ont été attribués sept assassinats à Belfast en sept ans, s’était déjà illustré avant son cessez-le-feu de 2018 par plusieurs opérations violentes de premier plan, dont la tentative d’attentat contre le siège du MI5 à Belfast-Est et l’attaque à la bombe qui avait grièvement mutilé le policier irlandophone du PSNI Peadar Heffron. Le groupe, issu de la galaxie dissidente républicaine hostile au processus de paix, n’a jamais disparu en tant que structure clandestine, même lorsqu’il avait officiellement réduit son activité armée.
Ce nouvel épisode rappelle que, malgré l’érosion idéologique et la marginalité politique de ces groupes, certaines organisations dissidentes conservent une capacité de nuisance réelle dans des zones localisées. À Belfast, elles tentent encore de tirer profit de la défiance envers la police, des fractures communautaires persistantes et des économies parallèles pour se redonner un rôle. Mais derrière la rhétorique anti-drogue et les références militantes, c’est aussi une logique de contrôle territorial, de peur et de discipline armée qui réapparaît.
En Irlande du Nord, le vieux logiciel paramilitaire ne disparaît jamais totalement. Il change de forme, se recompose, s’habille parfois d’un discours politique, mais continue de prospérer sur les failles des quartiers où l’autorité officielle peine encore à s’imposer pleinement.
Photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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