vendredi 31 juillet 2026

Armées européennes : le grand déclassement face à la guerre moderne

 

par Jules Kaizen

Le réveil a été brutal. Printemps 2026. Exercice Aurora 26 en Suède. Dix-huit mille soldats de l’OTAN, treize nations. En face, des opérateurs de drones ukrainiens du régiment Azov. Leur rôle : simuler l’ennemi.

En quelques heures, ils ont mis hors de combat blindés et unités entières. Avec des drones. Des petits engins à 500 dollars. Le verdict des Ukrainiens est tombé, sec, sans appel : «Dans leur état actuel, les forces armées occidentales n’auraient aucune chance sur un champ de bataille moderne».

Ce qui a le plus choqué les opérateurs ukrainiens d’Azov ? Les pauses café. Les restrictions sur les drones. La lenteur bureaucratique. La guerre, la vraie, ne s’arrête pas pour une pause.

Les chiffres du déclassement

Le problème n’est pas l’argent. Tous les pays de l’OTAN atteignent désormais les 2% du PIB en dépenses militaires. Le problème est plus profond.

Le déficit de munitions de l’Alliance atteint 145 milliards de dollars. Les stocks européens sont suffisants pour «quelques jours au maximum» de combat intense. On manque de coton-linter, une fibre de coton résiduelle de l’industrie textile, indispensable pour fabriquer la nitrocellulose des propulseurs d’obus. Sans elle, pas de poudre. Sans poudre, pas de tir.

La Russie, elle, a basculé son économie en mode guerre. Elle produit plus vite en artillerie, en missiles, en drones. Le fossé se creuse.

Le choc culturel

Le général français Fabien Mandon a osé une phrase : «Il faut se préparer à accepter des pertes». Indignation dans l’opinion publique. Blaise Metreweli, chef du renseignement britannique, résume : «L’Europe vit entre la paix et la guerre». The Economist titre : «Les généraux européens mettent en garde contre un déni des sociétés occidentales».

Les armées européennes ont été conçues pour des opérations expéditionnaires. Afghanistan, Mali. Pas pour une guerre de haute intensité contre un adversaire symétrique. Elles n’ont ni les stocks, ni les doctrines, ni les chaînes de production. Le fossé n’est pas technologique. Il est mental.

2029, c’est demain

Les 32 membres de l’OTAN se sont accordés sur une date : 2029. C’est l’année où la Russie pourrait contester l’Alliance, selon les rapports de renseignement. La reconstitution des forces russes est documentée, chiffrée, surveillée.

Il reste moins de trois ans.

L’Allemagne a lancé son Zeitenwende, 100 milliards d’euros. La France exécute sa loi de programmation militaire 2024-2030. La Pologne investit massivement. Mais les résultats prennent du temps. Les chaînes de production ne se construisent pas en quelques mois. Les doctrines ne se réforment pas par décret.

Imaginez un opérateur ukrainien, formé en trois semaines, qui pilote un FPV à 500 dollars. Il détruit un char à 10 millions. Pendant ce temps, les soldats de l’OTAN font une pause parce que l’exercice est suspendu pour des raisons administratives. La guerre moderne n’attend pas la fin de la pause.

Et la Suisse ?

La Suisse possède une armée de milice. Cent quarante mille hommes. Cinquante-sixième rang mondial. Si la Bundeswehr, armée professionnelle, se fait décimer en exercice par des drones à 500 dollars, où en est une armée de citoyens-soldats qui s’entraîne trois semaines par an ?

La question n’est pas un jugement. Elle est une équation. Et pour l’instant, personne à Berne ne semble vouloir la résoudre.

L’Europe a trois ans. Trois ans pour combler un déficit industriel, culturel, doctrinal. Trois ans pour passer des pauses café à la réalité du champ de bataille. Est-ce que quelqu’un prend la mesure du problème ?

source : Geostrat Watch

https://reseauinternational.net/armees-europeennes-le-grand-declassement-face-a-la-guerre-moderne/

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