
C’est un fait rarissime dans l’histoire de la Justice française. Le 16 février dernier, durant le procès en appel des quatre accusés mis en cause dans l’assassinat de Samuel Paty, décapité le 16 octobre 2020 par un islamiste tchétchène, deux magistrats de la cour d’assises spéciale de Paris ont été subitement et discrètement écartés de la juridiction par la présidente. Une décision prise à la demande de l’avocat de la défense : le conseil des quatre mis en cause dans l'assassinat de Samuel Paty estimait que les questions posées par les deux assesseurs manquaient d’« impartialité »...
Ces derniers ont-ils exprimé une opinion favorable à l’enseignant décapité ? Sont-ils apparus trop hostiles au djihadisme ? Difficile d’en juger, l’altercation s’étant produite en huis clos. C’est, en tout cas, une décision rarissime, découlant d’une situation inédite et qui a choqué plus d’un juriste. Selon beaucoup, la présidente a outrepassé ses pouvoirs. « On n’a jamais vu cela, confie un magistrat contacté par BV. Quand les débats sont ouverts, on ne peut plus récuser un juge. C’est avant le procès qu’on peut le récuser. C’est la première fois que j’entends parler de ce genre de comportement. » Un avis partagé par une autre magistrate que nous avons sollicitée : « C’est aberrant sur le plan du principe. Comment la décision a-t-elle été prise ? Moi, j’ai fait mon analyse juridique de cette histoire et je ne suis pas la seule… »
Des juges vendus aux barbus ?
Faut-il voir dans cet étonnant incident la marque d’une Justice en mutation, de plus en plus poreuse à certaines idéologies ? « De nombreuses décisions des tribunaux administratifs révèlent une mansuétude inquiétante et parfois une capitulation pure et simple de la Justice française devant l’islam radical », constate Élisabeth Louvel, directrice de l'Observatoire des décisions de justice, association qui s'est donné pour mission de mettre en lumière les failles du système juridictionnel et ses dérives idéologiques. En témoignent ces nombreux arrêtés préfectoraux de fermeture de mosquées douteuses... suspendus par la Justice. « Ces affaires et ces décisions, répétées dans de nombreux départements et validées bien souvent par le Conseil d’État lui-même, interrogent sur l’image d’une Justice qui, par son excès de formalisme et sa lâcheté, apparaît parfois comme une caution complice face à la progression de l’islam radical », ajoute Mme Louvel.
Il y a bien sûr ce fameux Syndicat de la magistrature, très marqué à gauche et dont certains membres n’hésitent pas à exprimer des opinions pour le moins étonnantes sur leurs réseaux sociaux, mais l’infiltration de l’institution judiciaire relèverait d’un mouvement bien plus global. « La Justice sera infiltrée par la mouvance islamiste exactement comme le sont d’autres institutions qui incarnent des leviers de pouvoir, confie à BV l’avocat Thibault de Montbrial. Les islamistes ont théorisé depuis très longtemps la conquête des pays occidentaux. Et dans le cadre de cette stratégie de conquête, l’idée est de progressivement prendre pied dans l’ensemble des corps de la société qui permettent de faire levier. Principalement l’université, le sport et les syndicats, mais la pénétration de la Justice est aussi un enjeu majeur. » Doit-on s’attendre à voir arriver des juges islamisés ? « C’est dans l’ordre naturel des choses, déplore celui qui est également président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI). Car c’est dans la logique de la stratégie de conquête. »
Le nom d’un juge potentiellement acquis à l’idéologie islamiste est revenu avec insistance, au cours de notre enquête. Introduit dans les cercles de pouvoir et très présent dans certains médias de gauche, cet homme se montre relativement discret sur le sujet religieux, mais son combat prétendu contre le racisme et les discriminations passe pour « interrogeant » aux yeux de certains de ses collègues. « Il est suffisamment malin pour éviter un sujet qui entraînerait les foudres de la répression, bien entendu. Mais il y a ce qu’on appelle un faisceau d’indices, nous confie l’un d’eux. À un moment donné, c’est ennuyeux qu’un individu comme lui tienne un discours quasiment antifrançais, suggérant qu’il y a trop de Blancs dans la magistrature. Pour l’instant, il n’en est qu’à la couleur, il ne dit rien sur les Frères musulmans bien entendu, mais je pense qu’il avance masqué. »
L’épineux sujet des jurés populaires
De quoi redouter une dérive vers une Justice de plus en plus clanique, avec des juridictions toujours plus sensibles aux appartenances communautaires des prévenus. « Je suis inquiet quand je vois la lettre de mission de Gérald Darmanin qui demande à un haut magistrat de réfléchir à la modification des accès à l’école de la magistrature pour favoriser les personnes de différents horizons, nous confie un magistrat. Est-ce à dire qu’il y a trop de Blancs et qu’il faut d’autres populations pour composer les magistrats ? » De même, la « diversité » qui existe désormais au sein des jurys populaires n’est pas sans poser problème. « Il y a quelques années, le président des assises de Bobigny avait dit, dans une lettre ouverte, qu’on ne peut plus juger à Bobigny comme ailleurs parce que les jurés, tirés au sort parmi les gens du 93, sont de la même catégorie socioprofessionnelle ou culturelle que les gens jugés pour crime. » L’affaire remonte à 2019 : plusieurs individus qui comparaissaient devant la cour pour une séquestration ultra-violente en lien avec le trafic de drogue avaient été mystérieusement acquittés ! Pourtant, des peines de huit à dix-huit ans de réclusion étaient demandées. Surtout, le verdict avait fuité dans la salle avant l’énoncé ! Dégoûté, le président de la cour d’assises avait dénoncé des « acquittements totalement infondés et contraires aux certitudes ». Une enquête ouverte pour corruption avait donné lieu, six mois plus tard, à trois mises en examen, dont celle d'un juré. Du jamais-vu dans les annales judiciaires. « Voilà comment ça se passe aux assises, constate amèrement notre source. C’est le problème des jurés dans le 93 notamment, mais aussi dans des villes comme Evry, Melun ou autres. »
En l’état actuel du droit, les djihadistes sont jugés par des cours d’assises spéciales, composées de magistrats professionnels. Les affaires de terrorisme ne passent donc pas devant les jurys populaires. Néanmoins, la radicalité religieuse des jurés peut peser dans d’autres verdicts. « Qu’il y ait parmi les jurés chargés de juger les crimes de droit commun des sympathisants islamistes, c’est une possibilité statistique, estime l’avocat Thibault de Montbrial. Les jurés étant issus des listes électorales, les fractions de sympathisants islamistes selon les départements sont inégales. » Certains jurés n’hésitent d’ailleurs pas à porter des signes distinctifs d’appartenance communautaire ou religieuse. En 2003, par exemple, une femme avait prêté serment cheveux au vent, devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, avant de partir siéger la tête recouverte d’un foulard. Elle avait finalement été écartée et remplacée par un juré supplémentaire... La notion d’impartialité qui s’impose à l’ensemble des agents et collaborateurs occasionnels du service public de la Justice ne semble pas aller de soi pour tout le monde et il a fallu la publication d’une circulaire signée du garde des Sceaux, le 8 décembre 2025, pour clarifier les choses. Il y est inscrit, noir sur blanc, que « pour les jurés, dont l'impartialité est constitutive de la légitimité même du verdict, le port de signes religieux ostentatoires est donc strictement interdit ». Mais, là encore, il semble que la règle rencontre des résistances. « Certains magistrats estiment sans doute que les jurés, tirés au sort, représentent la diversité… », note avec amertume un juge, sollicité par BV.
Des avocats fréristes ?
Le positionnement de certains avocats n’est pas non plus sans poser quelques questions. Souvenez-vous de celui qui assurait la défense du prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, lors du procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty, en janvier 2026. Devant les caméras, cet avocat au barreau de Paris n’avait pas hésité à mettre en cause la responsabilité du défunt en reprenant la rhétorique victimaire très en vogue dans les milieux islamistes. « Il y a un tabou. Nous n'avons pas le droit de dire que Samuel Paty procédait à la discrimination des élèves musulmans. Mais moi, je vais le dire haut et fort tout au long du procès ! », avait-il martelé, provoquant l’indignation de la partie adverse. « Dans les dossiers de terrorisme islamiste, on a désormais parfois des défenses d’adhésion idéologique ou pour le moins de très grande ambiguïté, ce qui n’était pas le cas il y a quatre ou cinq ans, constate Thibault de Montbrial, avocat de la sœur de Samuel Paty, qui y voit une évolution aussi récente qu’inquiétante. Il y avait des défenses techniques, mais pas idéologiques. Aujourd’hui, c’est de plus en plus fréquent… »
De nombreux professionnels interrogés pour les besoins de cette enquête confirment cette bascule au sein de la profession. Un certain nombre d’avocats ne se contentent plus de défendre leurs clients, ils partagent avec eux un même combat politico-religieux. « Il y a des avocats très proches de leurs clients et cela va au-delà de la simple défense, ça me paraît absolument évident, nous confie une magistrate. Ils partagent les mêmes convictions et les défendent en juridictions sur le droit de la presse, et maintenant parfois aux assises. » Comment distinguer l’avocat professionnellement investi du militant personnellement engagé ? L’exercice est délicat. « Certains avocats sont sur un certain créneau et ciblent une certaine clientèle, ils font leur métier ; d’autres ne sont pas seulement des défenseurs de leurs clients, ils sont acquis à la cause, explique l’avocate Lara Fatimi, qui estime que de plus en plus de personnes embrassent la carrière d’avocat dans le but de peser dans les instances représentatives. C’est d’ailleurs l’objectif des Frères musulmans : s’implanter un peu partout, à des postes clés, dans des professions symboliques et importantes. » En 2024, une note dévoilée par Europe 1 montrait que le renseignement français avait identifié un « vaste réseau d’avocats », tous « acquis à la cause » des Frères musulmans. Il y était question d’avocats proches de la confrérie qui ont fait de la défense d’associations islamistes leur gagne-pain.
En 2025, le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France », réalisé par un groupe de hauts fonctionnaires et publié par le ministère de l'Intérieur, avait lui aussi dénoncé l’entrisme islamiste et l’instrumentalisation du droit au profit d’organisations ou d’individus peu recommandables. « Ces avocats spécialisés interviennent de manière systématique dans les procédures administratives (expulsions d’imams radicaux, fermetures de mosquées ou d’associations) pour défendre les intérêts de la mouvance frériste, indique à BV Élisabeth Louvel, directrice de l'Observatoire des décisions de justice. Dans presque toutes les grandes villes de France, on observe une forte présence d’avocats d’origine musulmane qui se spécialisent dans la défense des étrangers, des demandeurs d’asile et des causes liées à la mouvance communautariste. »
Par qui sont rémunérés ces avocats ? Qui finance cette mouvance ? « Je sais que c’est un sujet sur lequel beaucoup s’interrogent, dont les services de l’État », nous a répondu Thibault de Montbrial. Se pourrait-il que des puissances étrangères soient à la manœuvre ? « J’en suis persuadée et je ne suis pas la seule, estime aussi l’avocate Lara Fatimi. On dispose encore de peu d’éléments pour l’affirmer, mais ces avocats ne travaillent pas gratuitement, l’argent vient bien de quelque part. »
La Justice voilée
Comme c’est le cas au sein d’autres institutions, l’islamisation qui touche le secteur de la Justice se mesure avant tout aux revendications concernant le port du voile. Une image illustre cette pression croissante. On la doit à l’avocate Lilia Bouziane, fraîchement diplômée de l’École de formation du barreau de Paris. « C’est officiel : je suis avocate et j’ai ouvert mon cabinet », annonce-t-elle fièrement, en janvier 2026. Sur la photo qui accompagne son tweet, la jeune femme apparaît le sourire aux lèvres, recouverte d’un hijab noir. Elle manipule nonchalamment ce qui ressemble à un pion, tandis que sa robe d’avocate est suspendue à sa droite.
Si elle assumait, en 2021 déjà, son ambition d’être « la première femme à plaider en hidjab » en France, Mme Bouziane n’en a pas la possibilité. La loi ne permet tout simplement pas à une avocate de plaider voilée. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Celle qui s’est fait remarquer en multipliant les accrochages télévisés, face à Damien Rieu ou Jean Messiha, a accordé d’innombrables interviews dans la presse où elle a martelé son « rêve d’associer le voile à la robe noire ». Cette revendication islamique s’inscrit dans une grande entreprise de lobbying qui s’est intensifiée depuis le milieu des années 2010. Aux barreaux de Paris, Lille, Montpellier, Toulouse ou Bordeaux, divers incidents ont éclaté, causés bien souvent par de jeunes étudiantes qui estimaient que l’interdiction du voile dans les prétoires contrevenait à leur liberté religieuse.
Face à cette offensive, Me Lara Fatimi a pris, dès février 2022, l’initiative d’une tribune publiée dans Marianne et cosignée par plusieurs dizaines d’avocats, qui demandait au Conseil national des barreaux d’inscrire dans le règlement intérieur national une obligation de neutralité religieuse applicable à l’ensemble des avocats. C’est en réaction à cette tribune que le le Syndicat des avocats de France (SAF), ainsi que quelque 250 autres avocats, ont signé une contre-tribune dans Mediapart. Ils y défendent l’idée saugrenue que « la prétendue neutralité des avocat·es est une source de discrimination et de censure ». Sous pression, le Conseil national des barreaux n’a pas eu d’autre choix que de trancher cette question qui serait passée pour parfaitement incongrue, il y a quelques années. Il a ainsi établi, le 7 septembre 2023, que « l’avocat ne porte aucun signe distinctif avec sa robe ». Une décision immédiatement contestée par le Syndicat des avocats de France, mais finalement validée par le Conseil d’État, le 3 mars 2025.
En a-t-on pour autant fini avec les plaintes et les lamentations de celles qui « rêvent » de plaider voilées ? Pas le moins du monde. « Le Conseil d’État a rejeté le recours, mais c’est tangent », nous assure un magistrat averti. L’avocat Thibault de Montbrial partage ce pessimisme : « Il est absolument certain que, dans les années qui viennent, il y aura une nouvelle offensive sur le thème du port du voile à l’audience par des avocates islamistes. C’est, hélas, là encore, dans l’ordre naturel de la stratégie d’entrisme telle qu’elle se déroule… » Malgré les recadrages de la Cour de cassation et du Conseil d’État, les pressions sont toujours plus fortes et émanent parfois d’instances proches du pouvoir. Il en va ainsi du recteur de la grande mosquée de Paris, fait officier de la Légion d'honneur par Emmanuel Macron en 2022, qui s’est déclaré favorable au port du voile dans la fonction publique et certains postes à responsabilité. « Moi, je voudrais que les musulmanes ne soient pas sanctionnées parce qu’elles portent le voile, pour ne pas accéder à un poste de magistrat, d’avocat, de médecin, etc., déclare le recteur de la grande mosquée de Paris Chems-Eddine Hafiz, en janvier dernier, sur la Web-télé mélenchoniste Le Média. Ces excès contre les musulmanes sont contre-productifs. Aujourd’hui, on voit que des jeunes femmes veulent peut-être montrer qu’elles font partie d’une communauté… et alors ? Où est le problème ? » De quoi conforter le prosélytisme des plus radicales.
Au sein de l’institution judiciaire, ces comportements provocateurs n’ont en réalité jamais cessé, bien aidés par une sorte d’apathie générale. « La charte de la laïcité impose la neutralité et quand on a des fonctionnaires stagiaires, notamment des greffières, portant un voile, personne ne dit rien : les rares qui prennent la parole sont embêtés, déplore, à notre micro, une fonctionnaire. Faire remonter des incidents emm... tout le monde, alors que les règles sont extrêmement claires : pas de manifestation de signes convictionnels ostensibles au sein de la fonction publique, qu’on soit titulaire, suppléant, stagiaire ou contractuel ! »
Le poids de la démographie
Sur le réseau professionnel LinkedIn, c’est un monde souterrain, totalement inconnu du grand public, que l’on découvre. Des dizaines d’avocates voilées s’y affichent sans complexe. Administrativement françaises, ces jeunes femmes ne se reconnaissent pas dans nos mœurs et ne cachent pas leur rejet des règles actuelles. « Pourquoi un voile empêcherait-il de plaider ?, fait ainsi valoir une avocate prénommée Maroy. Aux États-Unis, il y a des juges qui sont voilées, en Angleterre des policières sont voilées également. C’est la loi qui est injuste et discriminante. » Un avis partagé par Amira, étudiante sur le point d’entrer au Centre régional de formation professionnelle d'avocats (CRFPA) : « Pourquoi les femmes voilées disposent-elles de moins de droits que les autres ? Pourquoi considère-t-on que leur voile les prive de leur libre arbitre ou les empêche d’exercer, avec la même neutralité, des fonctions comme celle d’avocat ?, demande-t-elle. La laïcité, c’est le droit de pratiquer ou non une religion, et non une pseudo-neutralité qui, en réalité, ne fait que nourrir la discrimination et l’exclusion. » Des doléances applaudies par d’autres avocates voilées, mais aussi par des non-musulmans, visiblement acquis à leur cause. « À quel moment ces femmes, ne pourraient pas avoir le droit d’entrer dans la profession d’avocat ?, s’indigne ainsi, sur LinkedIn, une enseignante en droit. J’ai beaucoup de mal à imaginer qu’on empêche une femme, admise à l’école des avocats, qui a obtenu son CAPA, de prêter serment sous prétexte qu’elle porte le voile. »
En réponse à ce post, une jeune femme très en vue a répondu. Il s’agit d’Atéka V., avocate en droit des étrangers, inscrite au barreau de Paris. Depuis plus d’un an, cette musulmane multiplie les prises de parole et exprime sa détresse « face à une loi qui l’oblige à choisir entre sa foi et son métier ». Elle explique qu'elle a presque cessé de plaider afin de ne plus avoir à retirer son voile. Mais les bouleversements démographiques étant ce qu’ils sont, la douce Atéka entrevoit déjà un changement prochain dans les rapports de force et un avenir radieux pour ses semblables : « Aujourd'hui, c'est frustrant pour moi de ne pas plaider, mais c'est un choix que je fais, c'est une manière d'exercer, explique-t-elle. Ce n'est certainement pas la meilleure, mais c'est la seule qui existe à l'instant t, et je dis bien à l'instant t, parce que le droit peut évoluer et vous êtes là pour le faire évoluer !, exhorte-t-elle sur la chaîne YouTube de l’association Ghett’up, soutenue par le département de Seine-Saint-Denis. Je les vois déjà, ces futures consœurs qui sont combatives. Je le vois dans les posts sur LinkedIn, je le vois dans leurs prises de position et je les admire d'ailleurs. Les jeunes femmes voilées sont instruites et elles sont partout. Elles vont forcément rejoindre la profession d’une manière ou d’une autre... » Et l’avocate d’enfoncer le clou : « Plus nombreuses vous serez, plus vous serez visibles, plus il sera difficile de vous ignorer et plus vous aurez de chance de mener ce combat à bien ! » Si l’islamisation de la France continue d’être qualifiée de « mythe » sur les antennes de Radio France, d’autres y voient au contraire une réalité des plus réjouissantes…
Désormais incontournable, cette question de la compatibilité entre la robe d'avocat et le port du voile était encore impensable, voilà quelques années à peine. « Jamais, en 50 ans de carrière, je n'ai entendu une seule fois de ma vie des consœurs qui demandaient de plaider voilées ; il y a seulement cinq ans, cela ne serait jamais venu à l'esprit d'une avocate », nous confirmait, il y a quelques mois, le célèbre Maître Gilbert Collard, ancien avocat au barreau de Marseille. C’était compter sans les effets de l’implacable Grand Remplacement générationnel vanté par la mouvance mélenchoniste. « On recrute beaucoup de jeunes gens pour lesquels la notion de laïcité n’est pas la même que la nôtre, observe une cadre au sein de l'administration centrale du ministère de la Justice. Il y a vraiment un conflit de générations. » Un constat partagé par l’avocate Lara Fatimi, qui voit émerger dans le monde judiciaire une nouvelle génération de jeunes gens soit eux-mêmes islamisés, soit relativement laxistes sur le sujet. « La génération qui tient bon va être progressivement remplacée par une autre qui sera peut-être moins ferme sur le sujet », redoute-t-elle. Dans ce climat de plus en plus favorable, une brèche s’ouvrira peut-être un jour, sous l’action d’une de ces avocates bien décidées à imposer leur code par la force et de l’intérieur. « Je suis persuadée qu’un jour, l’une de ces avocates militantes se présentera voilée à une audience non publique, par exemple devant le juge aux affaires familiales ou le juge des enfants, dans le cabinet du magistrat. Et celui-ci la laissera faire, par peur d’un incident ou par complaisance. Je le vois venir gros comme une maison. »
L’avocate ne croit pas si bien dire. Au micro de BV, un magistrat parisien confirme ses craintes : « Un jour, j’aurai une avocate qui viendra plaider voilée. Je le sais. Mais je ne lui ferai aucune remarque, je la laisserai plaider voilée. » Pourquoi ce renoncement apparent ? « Parce que c’est un piège à con, nous répond ce juge. Si je lui fais une remarque, il y aura un incident d’audience et je serai obligé de me déporter. Ce sera le tollé et j’aurai dans la salle – je le sais déjà – des confrères du Syndicat des avocats de France qui appelleront le bâtonnier et lui diront que j’empêche une avocate de plaider. Quant au président du tribunal, il ne viendra jamais à mon secours, il me dira plutôt que j’aurais dû faire preuve de tact et de discernement. Je laisserai faire la procureur, la parquetière, qui feront peut-être une remarque et ensuite je pourrai m’appuyer dessus. Mais de mon propre chef, non. C’est un piège à con. »
Game over ?
Pour certains, la bataille est donc déjà perdue : l’interdiction du voile dans les prétoires français va forcément sauter. Sous quelle échéance ? « Moins de cinq ans, nous répond ce même magistrat. Déjà, pour qu’un syndicat d’avocats conteste cette mesure restrictive d’interdiction du voile, c’est éclairant. On voit déjà le changement de société. » Pour d’autres, en revanche, il faut continuer à se battre, coûte que coûte. « Il faut appliquer la loi !, martèle une autre juge contactée par BV. Si une avocate vient voilée, elle ne peut pas plaider. On suspend, on appelle le bâtonnier, le premier président, et ça se règle. Le Code de procédure pénale prévoit des solutions. » Néanmoins consciente des forces en présence, notre interlocutrice nuance : « Je ne pense pas que c’est un combat perdu, mais c’est en revanche un combat permanent. Il y a très clairement une question de générations. Ce n’est même plus de l’entrisme… c’est entré ! »
La bataille ne se joue donc plus aux portes de l’institution mais dans ses murs.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire