mercredi 15 juillet 2026

Les États-Unis poussent le monde à la limite de l’abîme économique

 

La quatrième vague d'attaques américaines dans le Golfe provoque une hausse notable des prix du pétrole. Quelles conséquences ces attaques et les menaces iraniennes pourraient-elles avoir sur le commerce mondial ?

« Les prix du pétrole ont fortement augmenté lundi suite à une nouvelle vague d'attaques militaires américaines. Le baril de Brent (159 litres) pour livraison en septembre s'échangeait à 79,40 dollars, en hausse de 4,46% en début de séance. Il s'agit de la quatrième vague d'attaques menées par les États-Unis depuis la reprise des hostilités mercredi soir », rapporte le Handelsblatt.

« Donald Trump menace d'étendre les bombardements contre l'Iran et de viser ses infrastructures civiles », avertit Le Temps.

The Economist alerte sur la grave pénurie mondiale de carburants raffinés comme l'essence, le diesel et le kérosène, faisant exploser les prix.

Cette crise persistante est largement alimentée par les tensions géopolitiques – notamment les blocus navals et les conflits au Moyen-Orient – ​​qui entravent fortement l'approvisionnement énergétique et le fonctionnement des principaux points de passage du commerce mondial.

L'Iran a annoncé dimanche que le détroit d'Ormuz serait fermé « jusqu'à nouvel ordre ». Parallèlement, les forces armées de la République islamique ont lancé des attaques de drones et de missiles contre des alliés des États-Unis au Moyen-Orient, notamment la Jordanie et le Qatar. Le Koweït a également signalé qu'une plateforme de forage en mer avait été touchée et endommagée. La situation est maintenant trop instable et le prix du pétrole change de manière brutale. Le cours du pétrole fluctue comme les crypto-monnaies.

Bien que la situation s'intensifie ces derniers temps, elle reste « bien en deçà d'un état de guerre ouvert », a déclaré Saul Kavonic, analyste énergétique senior chez MST Marquee. « Si le conflit s'étendait à des installations clés de manière plus générale, le prix du pétrole pourrait atteindre 100 dollars », lance-t-il.

Les prix du pétrole devraient continuer d'augmenter légèrement tant que les attaques se poursuivent et que le passage du détroit d'Ormuz demeure perturbé.

« Durant les premières semaines et les premiers mois du conflit, le prix du pétrole a fortement augmenté. À certains moments, le baril de Brent, référence mondiale, coûtait légèrement plus de 126 dollars », rappelle le Handelsblatt. Le président américain, Donald Trump, affirme que le détroit d’Ormuz est ouvert. L’Iran a une vision différente. Les compagnies maritimes ne veulent pas prendre de risques : selon Reuters, l'intensité du transport maritime à travers le détroit a atteint dimanche un plus bas de cinq semaines.

L'Iran a plus de moyens de pression. L’Iran a réalisé le pouvoir du levier géopolitique qu’il a grâce au détroit d’Ormuz et il l’utilise. Les discussions, les attaques contre les pétroliers sont des démonstrations de force. Dans le même temps, Washington ne veut pas admettre que l’Iran est dans une meilleure position et continue de mener une guerre qui pousse le reste du monde au bord de l’abîme économique.

Le choc causé par la hausse des prix du pétrole ralentit la croissance d'une économie mondiale déjà affaiblie. « Les perspectives économiques de la zone euro restent très incertaines dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, de la fermeture du détroit d’Ormuz et de la forte volatilité des prix du pétrole. Certains des risques recensés dans les projections de mars 2026 établies par les services de la banque centrale de la zone euro (BCE) ont commencé à se matérialiser, avec un nouveau renchérissement du pétrole, l’apparition de tensions sur les chaînes d’approvisionnement et des marchés qui s’attendent désormais à ce que le conflit ait des conséquences plus durables », déplore la BCE, avertissant : « l’évolution du conflit, et notamment son incidence sur les prix de l’énergie, les prix de certaines matières premières hors énergie et l’activité économique, ainsi que la répercussion du choc énergétique sur les prix à la consommation hors énergie, demeurent très difficiles à prévoir ».

« La demande intérieure étant freinée par l’augmentation des prix de l’énergie et l’accroissement des incertitudes. La consommation des ménages, qui était l’un des principaux moteurs de la croissance en 2025, devrait en particulier fortement ralentir cette année, étant donné les effets négatifs de la hausse des coûts de l’énergie sur le revenu réel disponible et la confiance des consommateurs », concède la BCE.

L’UE intègre un pétrole sensiblement plus cher, un euro légèrement plus fort, des taux d’intérêt plus élevés et une augmentation du taux effectif des droits de douane américains sur les importations en provenance de la zone euro. 

« L’inflation totale mesurée par l’IPCH s’est de nouveau fortement accélérée en avril 2026, les effets de la guerre au Moyen-Orient restant jusqu’à présent principalement limités aux prix de l’énergie », note la BCE : « L’inflation totale moyenne devrait augmenter à 3,0% en 2026, principalement à cause des prix de l’énergie plus élevés » ; « La hausse des prix des produits alimentaires devrait s’accélérer à court terme sous l’effet du choc sur les prix de l’énergie » ; « La progression des salaires nominaux devrait encore se ralentir tout au long de 2026 » ; « La hausse des prix à l’importation devrait s’accélérer fortement à court terme » ; « Le déficit budgétaire et les ratios de dette de la zone euro devraient augmenter, le déficit dépassant nettement le seuil de 3% en 2027 et la dette atteignant 90% du PIB en 2028 ».

La BCE avertit sur « deux risques qui sont actuellement prépondérants : le rationnement de l’offre d’énergie et les pénuries de kérosène ». Concernant le conflit au Moyen-Orient, la BCE établit quatre scénarios : Dans le scénario de référence, les prix des matières premières énergétiques suivent les hypothèses techniques ; Dans le scénario modérée, les prix des matières premières énergétiques suivent le 25e percentile des distributions de probabilités tirées des instruments de marché ; Dans le scénario défavorable, les prix des matières premières énergétiques suivent le 75e percentile des distributions de probabilités tirées des instruments de marché ; Dans le scénario sévère, les prix des matières premières énergétiques suivent le 95e percentile des distributions de probabilités tirées des instruments de marché. Le 95e percentile : C'est une mesure statistique. 

Dans l'ensemble des scénarios envisagés, le 95e percentile est un scénario très pessimiste où les prix de l'énergie flambent et se situent dans la fourchette haute des anticipations du marché. Ces percentiles fournissent une évaluation fondée sur le marché des risques actuels entourant les prix de l’énergie et couvrent implicitement les évolutions alternatives de la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences en termes de perturbations de l’approvisionnement en énergie. 

« Dans le scénario plus modéré, le prix du pétrole diminue à 88 dollars le baril et le prix du gaz à 41 euros le MWh au troisième trimestre 2026 et ils sont inférieurs d’environ 15-20% aux niveaux de référence sur l’ensemble de l’horizon. Cette trajectoire projetée reflète probablement les anticipations des investisseurs selon lesquelles le conflit pourrait se terminer très vite, entraînant une normalisation rapide des marchés mondiaux du pétrole et du gaz et un retour des prix à leurs niveaux d’avant la guerre d’ici fin 2026 ».

« Dans le scénario défavorable, le prix du pétrole augmente à 122 dollars le baril et celui du gaz à 60 euros le MWh au troisième trimestre et ils restent supérieurs de 20-30% environ aux niveaux de référence sur l’ensemble de l’horizon, reflétant probablement les anticipations des marchés d’un conflit se prolongeant plus longtemps que prévu dans le scénario de référence ».

« Dans le scénario sévère, par rapport au scénario de référence, les prix du pétrole augmentent d’environ 60% et les prix du gaz doublent, atteignant respectivement 166 dollars le baril et 98 euros le MWh au troisième trimestre. Les chocs sont également très persistants, l’ampleur des écarts par rapport au scénario de référence restant similaire à la fin de l’horizon de projection. Cette persistance traduit en partie une plus grande incertitude à des horizons plus longs, ce qui accroît les densités implicites dans les options. Elle peut également refléter les anticipations par les marchés d’un conflit durable accompagné d’importants dommages causés aux infrastructures régionales de production de pétrole et de gaz, ce qui maintiendrait les prix de l’énergie à un niveau élevé sur une période prolongée ».

Les scénarios défavorables et sévères supposent qu’une intensification de la guerre au Moyen-Orient accroîtrait l’incertitude mondiale. « Ces hypothèses sont globalement cohérentes avec les épisodes de tensions géopolitiques comparables observés par le passé, notamment en octobre 2023 pendant la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et le conflit au Moyen-Orient. Dans l’ensemble, l’incertitude se répercute sur l’économie de deux façons dans les scénarios : directement, via ses effets sur le PIB en volume sous la forme de chocs de confiance, et indirectement, à travers sa transmission aux conditions de financement », conclut la BCE. Plus l'incertitude persiste, plus la situation devient mauvaise.

Pierre Duval 

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