samedi 15 août 2026

Ce rapport commandé par Lecornu qui veut encore faire des économies sur le dos des familles

 

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C'est entendu : il faut trouver des milliards. Et même des dizaines. Remontée des taux oblige, la charge de notre dette devient insoutenable (lisez l'analyse de Georges Michel). Il est loin, le temps de cette campagne électorale de 2017 où un certain Emmanuel Macron, devant un Jean-Jacques Bourdin incrédule, se faisait fort de faire « 50 milliards d'euros d'économies chaque année »... L'exercice revient donc invariablement tous les étés, quand l'automne et le vote du budget s'annoncent, avec sa litanie d'idées, de rapports, de ballons d'essai pour tenter d'éviter la crise financière qui nous pend au nez : suppression de telle ou telle niche fiscale, augmentation de tel ou tel impôt, hypothèse d'une « année blanche » (n'est-ce pas, dans l'urgence, la mesure la plus juste, la plus simple et celle qui agit à la fois sur les dépenses et les recettes ?), mise à contribution des retraités, suppression de leur abattement de 10 %, comme le préconisait Bayrou.

Mettre à contribution les retraités ?

Ce jeudi 13 août, le ministre de l'Économie Roland Lescure a émis l'hypothèse d'un gel partiel des pensions de retraite pour générer des économies dans le budget 2027, dans un entretien à Libération. Pour Roland Lescure, « la question de la contribution des retraités aisés à l'effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d'être posée », à condition de « préserver les retraités les plus modestes ». Mais évidemment, le mot important est, ici, « aisés ». Un marqueur de gauche. Histoire d'amadouer le PS pour faire voter le dernier budget du l'ère Macron. Faire payer ces salauds de riches, rien de plus juste. Mais tout le problème est de savoir à quel stade on devient un retraité riche. Quel montant de retraite ? 2.000, 3.000, 4.000 euros ? Macron s'était déjà heurté au problème, en 2018, quand il s'était agi d'augmenter la CSG, mesure portée par son ministre du Budget, un certain Gérald Darmanin (augmentation qu'on a déjà oubliée !). Alors, où M. Lescure mettra-t-il le curseur ? Et qu'en pensera M. Faure ? En tout cas, les retraités (peut-être parce qu'ils sont désormais majoritaires à voter Marine Le Pen ?) ne sont plus un sujet tabou sur le plan fiscal.

Les parents de familles nombreuses, voilà l'ennemi !

Mais le macronisme finissant, qui n'est plus que la chambre d'écho de la gauche, a en réserve une autre cible encore plus appétissante. Des retraités oui, aisés ou relativement aisés oui, et qui disposent en plus d'un trésor de guerre : des enfants ! Et les majorations de retraites accordées à partir du troisième (10 % pour trois, puis 5 % par enfant). Ces dispositions s'inscrivaient dans le cadre de la politique familiale pour compenser le coût d'éducation des enfants et de sacrifice de carrière. Une politique familiale française décidée après guerre pour assurer à la France une natalité forte et qui fit consensus jusqu'à... François Hollande. Ce Président d'un quinquennat pour rien, selon la formule de Marine le Pen, qui, pour ses 72 ans, ce mercredi 12 août, a eu le toupet de s'offrir une campagne d'affichage vantant son bilan à l’Élysée ! Des affiches qui ont oublié de rappeler les multiples coups de canif qu'il infligea à la politique familiale : réforme du quotient familial, mise sous condition des allocations familiales, fiscalisation de ces fameuses majorations, et j'en passe. François Hollande fut le grand racketteur des familles nombreuses : « Les familles aisées ou relativement aisées avec enfants ont supporté un effort total proche de 3,3 milliards d'euros », soulignait, en 2017, la Cour des comptes, qui relevait que 136.000 familles (dont 87 % de trois enfants ou plus) avaient perdu plus de 5.000 euros par an... Mais, bien sûr, il s'agissait d'une « politique redistributive » ! Ce qui est sûr, c'est que cette politique avait contribué à l'effondrement de la natalité française : allez voir la courbe de l'INSEE, elle est accablante pour Hollande.

Mais voilà, l'essorage hollandais n'a pas suffi : dix ans après leur fiscalisation, ces majorations sont à nouveau dans le viseur. Déjà sur la sellette en 2019, au moment de la réforme des retraites, elles sont l'une des dix mesures préconisées par un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), rapport commandé par Sébastien Lecornu. Dix pistes pour réaliser 4,2 milliards d'euros d'économies par ans sur le dos des familles. Ces propositions visent, bien sûr, à améliorer l'efficacité des dispositifs actuels... Et donc, parmi ce décalogue, la mesure la plus productive consisterait à forfaitiser la majoration de la pension de retraite pour les parents de trois enfants ou plus. Au lieu d'une majoration de 10 %, on passerait à un forfait de... 125 euros pour solde de tout compte.

Il s'agit ainsi, précise le rapport, de « supprimer le caractère anti-redistributif » (c'est-à-dire, en clair, « non socialiste » du système actuel). C'est en tout cas pas cher payé pour des enfants qui payent des retraites à ceux qui n'ont pas eu d'enfants... Au passage, notez la précision comptable : 125, pas 120, pas 130 ! Cette mesure rapporterait 1,1 milliard d'euros sur dix ans. On l'a dit : une manne, toujours ponctionnée sur les mêmes, qui ont le malheur de travailler, d'avoir et d'élever des enfants. Toujours la même cible de la gauche : des militaires, des cadres, des fonctionnaires, triplement coupables de servir triplement leur pays, par leurs fonctions, leurs enfants et leurs contributions, que l'on peut majorer à l'envi. Envers eux, aucun scrupule à discriminer et à stigmatiser. Quant au réarmement démographique, ce n'est visiblement pas d'un Macron et d'un Lecornu à la recherche de leurs milliards introuvables qu'il faut l'attendre.

Frédéric Sirgant

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