
Limiter la liberté d’expression sur le numérique : l’idée fixe d’Emmanuel Macron et de l’extrême centre. Même les médias labellisés, gardiens des opinions autorisées, cautionnent la dérive illibérale. C’est pourquoi il est heureux que le Conseil constitutionnel, saisi par le PS et LFI, ait censuré, vendredi, la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Même si l’objectif de protéger les enfants et adolescents est évidemment louable, les moyens mis en œuvre portent « une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée » à leur liberté d’expression.
Les juges ont également estimé abusif d’imposer à l’ensemble des utilisateurs du Net la justification préalable de leur identité, donc d’un possible fichage. Macron a immédiatement chargé Sébastien Lecornu de « travailler » à « une rédaction juridiquement robuste » de l’interdiction, en rappelant sa « totale détermination » à faire aboutir cette réforme d’ici au printemps 2017. Mais cet entêtement du chef de l’Etat à vouloir maitriser une information aseptisée confirme sa pente liberticide (blog du 10 octobre 2018). En cela le macronisme se rapproche du poutinisme. Dès les premiers pas du chef de l’Etat, ses députés s’étaient heurtés au Conseil constitutionnel qui avait déjà jugé « disproportionnée », le 8 décembre 2017, une disposition soutenue par la Licra visant à l’inéligibilité pour certains délits d’opinion. Le projet de loi Bergé, qui reprend la contestable proposition Yadan, s’inspire à nouveau de ces bons sentiments pour tenter d’interdire, au prétexte de propos « racistes », les prises de position contre l’immigration de masse, l’islam colonisateur, la frivolité des défenseurs de la « société ouverte », etc.
Cette vigilance du Conseil constitutionnel s’agissant du respect de la liberté de dire s’appliquera-t-elle au cas de Xenia Fedorova, journaliste russe s’exprimant sur CNews, jugée indésirable en France par le gouvernement (blog du 1 er août )? La question n’a pas encore été examinée au fond. Mais les éléments d’une atteinte au pluralisme des opinions sont là aussi patents. La paranoïa officielle sur une « ingérence russe », brandie par des candidats en mal d’audience, s’est réduite pour l’instant à des pratiques marginales de bricoleurs. Plus inquiétant est ce rapport du Sénat sur la régulation de l’information dans l’espace numérique, publié début juillet, qui évoque un nouveau délit d’« ingérence intérieure » (expression du sénateur centriste Laurent Lafon). Derrière cette préoccupation saugrenue peut se lire le désir du bloc central d’institutionnaliser en douce une police de la pensée. L’Arcom a franchi le pas en reprochant dernièrement à Franz-Olivier Giesbert, s’exprimant sur CNews, d’avoir dit : « Je n’aimerais pas être juif à Roubaix », estimant à juste titre qu’il serait alors « obligé de partir ». Laurent Nunez a, lui, déploré la circulation sur les réseaux sociaux des images montrant, fin juillet, l’invasion de Ceuta (Espagne) par des dizaines de milliers de migrants, majoritairement repartis depuis. En s’abstenant sur cette loi liberticide retoquée par les juges, le RN n’a pas pris la mesure de la révolution numérique qui fédère pourtant ses soutiens. Cette paresse intellectuelle, qui donne le beau rôle au PS et à LFI, est, pour lui, une alerte.
https://blogrioufol.com/la-derive-illiberale-de-macron-echoue-face-aux-juges/
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