
Un cinquante-et-unième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait d’Honoré de Balzac tiré de son texte, Le gouvernement moderne et des notes parues dans la Grande revue de décembre 1900.
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À quel fatal instinct les peuples obéissent-ils donc en voulant se gouverner par eux-mêmes ?… Est-ce possible ? Qu’au Moyen Âge une commune esclave s’assemblât pour conquérir la liberté des personnes et des biens, administrât elle-même, par l’élection de quelques magistrats, une étendue de quelques lieues carrées, ce phénomène d’action se conçoit. Alors, l’intérêt général est comme un intérêt de famille. Chaque citoyen en possède une intuition parfaitement lucide. Que Marseille, que la Normandie, que le Forez, le Lyonnais et le Dauphiné se déclarent républiques et gèrent leurs affaires par un Conseil électif, nous comprendrons… Mais qu’une grande contrée de deux cents lieues carrées, où il y a quatre ou cinq capitales, et autant d’opinion que de départements, veuille marcher dans une voie de grandeur, veuille prospérer et conquérir ses limites naturelles par l’action mobile et paresseuse de la discussion parlementaire, par l’élection d’hommes purement locaux, par un système essentiellement changeant de délégations, avec une intelligence à bail de trois, six ou neuf années, par une action presque consulaire, dont les actes sont examinés par une foule avant tout résultat.
Voici [des années] d’essais constitutionnels, et nul ministre, soit venu de l’opposition, soit créé par le principe électif, n’a su régénérer l’administration. Ils ont tous eu le génie de recourir à l’emprunt : pas une voix n’a tonné, dans les Chambres molles, contre ce suicide national, si niaisement continué par une série de vieillards successivement portés au ministère. Aucun homme n’est venu trancher hardiment dans la machine, et jeter les pièces inutiles. Ils ont sacrifié aux idées, quand il fallait penser aux intérêts ; ils se sont occupés des intérêts, quand ils devaient essayer de neutraliser les idées !
L’impôt en hommes et en argent, dont les citoyens s’inquiètent tant, est un moyen qui a son terme, et qu’aucune espèce de gouvernement ne saurait dépasser. Il est impossible de demander au peuple plus qu’il ne peut donner ; ce serait vouloir le sang d’un squelette que d’ajouter un liard de taxe au-delà de ce que l’État doit raisonnablement prélever.
[Depuis la Révolution], trois classes distinctes se sont dessinées franchement, et ces trois zones se retrouveront infailliblement parmi toutes les sociétés humaines, en allant du bourg à la ville, de la ville à la contrée, de la contrée à la capitale et de la capitale au pays. Elles sont inévitables, et il n’y a pas de constitution sociale, même en faisant table rase, qui puisse les briser, les concasser perpétuellement pour obtenir des unités égales.
Ces 3 natures sont :
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la masse pauvre et ignorante.
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la masse moyenne.
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et la masse aristocratique dans laquelle il faut comprendre toutes les supériorités créées par l’argent, le pouvoir et l’intelligence.
Ces trois classes sont la base éternelle d’une nation et, aujourd’hui, pour établir un gouvernement parfait, durable, il faut en satisfaire les intérêts et les idées, car les masses n’ont que ces deux expressions.
https://www.actionfrancaise.net/2026/08/15/se-gouverner-soi-meme/
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