
L’an prochain, le bloc central, ce pseudo cercle de la raison qui nous mène dans l’impasse actuelle, devrait compter deux à trois candidats pour tenter de ratisser aussi large que les 34% de 2022, et arrêter l’effondrement en marche depuis 2007. De manière intéressante, tous cherchent à s’éloigner du président sortant, mais chacun d’eux est, en réalité, bien plus proche de lui qu’ils ne veulent bien l’admettre.
Proximité sur le fond, et souvent sur la forme
Gabriel Attal n’est qu’une version encore plus arrogante de Macron, une forme d’exploit quasiment artistique au regard du lourd passif du président sortant dans ce domaine. Mais l’agitation toute sarkozyste de sa campagne ne prend pas : les Français ont un minimum de bon sens. Incapable de faire jeu égal avec son très terne prédécesseur, il est dépassé par Raphaël Glucksmann et commence même par l’être par le candidat de la droite … Il pourrait finir la campagne définitivement grillé tant il s’est montré détestable. Il est intéressant de constater que le PS s’est choisi pour candidat un homme venu de la droite la plus libérale, ancien soutien de Sarkozy, sans doute un signe du stade terminal de décomposition de ce parti qui a tant trahi notre pays et ses électeurs depuis 1983. Incapable de se réinventer, il mérite de disparaître.
Gluckmann, comme Macron en 2017, est le chouchou des médias mainstream, tant il est à leur centre de gravité idéologique. Il incarne parfaitement ce centre-gauche inoffensif économiquement, qui se contente de suivre les idées de l’oligarchie, tout en étalant une bonne conscience sociétale et internationale qui a conduit à notre naufrage scolaire et aux interventions militaires étatsuniennes. Bien sûr, il pourra compter sur la promotion du pseudo-service public, qui lui sert les plats au lieu de le questionner, mais son incarnation physiquement pure de ce qu’était le macronisme de 2017, à peine plus à gauche, et son décalage avec les préoccupations des Français devraient lui coûter cher en campagne. Il ne semble s’animer que pour les sujets internationaux et se contente de postures sur la politique intérieure.
Bien sûr, qualifier Retailleau et Lisnard de macronistes pourra surprendre. Mais après tout, le premier a été son ministre de l’intérieur, et s’il n’est pas resté très longtemps, beaucoup l’en rapproche. Le simple fait de ne rester que quelques mois, sans véritablement réaliser grand-chose, mais en se contentant de prendre des postures prétendument gagnantes électoralement est profondément macroniste. Retaileau a largement fait comme Attal rue de Grenelle, seulement sur un agenda plus droitier. Mais les sondages actuels ne semblent pas indiquer que sa ligne soit particulièrement pertinente. Incarner l’aile droite de la macronie, qui s’en détache, est un peu court. Les électeurs ne semblent pas comprendre l’intérêt de sa candidature, dont la performance à ce stade est bien inférieure à celle de Valérie Pécresse…
D’ailleurs, on peut penser qu’il finira par se retirer pour David Lisnard, qui bénéficie de son opposition plus claire et marquée au macronisme. LR, comme le PS, pourrait bien se détourner de son leader et s’offrir à un aventurier sur sa droite. Il faut lui reconnaître une vraie dynamique, logique tant il assume le positionnement le plus explicitement oligarchiste, ce qui lui vaut un traitement bienveillant d’une grande partie des médias. Superficiellement, il tente de s’imposer comme un anti-Macron, mais sur le fond, il fait ce que Sarkozy avait réussi en 2007 : incarner une forme de rupture alors qu’il est beaucoup plus dans la continuité qu’on ne le pense. D’ailleurs, pour avoir souligné son macronisme, un sympathisant m’a contredit, poliment et avec des arguments, ce qui mérite d’être souligné tant ce n’est pas la règle.
Mais ses arguments, loin d’infirmer sa proximité avec Macron, la soulignaient… S’il a un discours tranchant sur les retraites (annonçant 40% de capitalisation à terme), son programme ressemble beaucoup à celui d’Edouard Philippe : même recul de l’âge de départ à 65 ans, même penchant pour la capitalisation. Il n’est qu’un macroniste de droite. Sa volonté, grand classique d’élu local, de « décider au plus près des habitants », était exactement celle de Macron pour sortir de la crise des gilets jaunes… Et sur la souveraineté, son discours est aussi superficiel que celui du président : il n’y a aucune remise en cause sérieuse des politiques actuelles. D’ailleurs, un des ses premiers soutiens, le maire de Mandelieu-la-Napoule, se glorifiait d’acheter des Tesla pour sa police municipale… Et plus globalement, son équation budgétaire me semble pas plus solide que celle de Macron. Comment, avec 150 milliards de déficit, proposer de baisser de 50 milliards les impôts, préserver les dépenses des ministres régaliens et fortement réduire le déficit ?
En réalité, nous avons encore aujourd’hui cinq nuances de macronisme qui veulent s’inviter à la présidentielle. Certes, 2 ou 3 au moins ne seront pas là à la fin, mais le bloc central pourrait sortir un joker de sa manche si les sondages persistent à indiquer un second tour Mélenchon / Le Pen. Tout le problème est que les Français veulent légitimement tourner la page de cet UMPS qui échoue depuis trop longtemps…
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