Alexandre
del Valle, géopolitologue renommé, enseigne les relations
internationales à l'Université de Metz et est chercheur associé à
l'Institut Choiseul. Il a publié plusieurs livres sur la faiblesse des
démocraties, les Balkans, la Turquie et le terrorisme islamique.
Il
trace un état des lieux du dialogue islamo-chrétien. Le calvaire des
chrétiens dans le monde. En terre d'islam, des millions de chrétien
fêtent la Résurrection du Christ souvent au péril de leur vie.¢
Où
en est le dialogue islamo-chrétien ? Les responsables musulmans qui ont
écouté la messe d’inauguration du Pape François semblent préférer le
nouveau pontife argentin – qui a lavé les pieds d’un musulman dans une
prison de Rome et a souhaité « bâtir des ponts entre les religions » en
relançant un "dialogue serein avec le monde islamique" - à son
prédécesseur germanique Benoît XVI, qui avait osé interpeller les
musulmans sur la question de la violence religieuse.
C’est
ainsi que Ekmeleddin Ihsanoglu, le dirigeant de l’Organisation de la
Coopération Islamique (OCI, regroupant 57 Etats musulmans), a souhaité
que "la relation entre l'islam et le christianisme retrouve sa
cordialité et son amitié sincère." De même, Al-Azhar, la plus haute
autorité de l’islam sunnite, basée au Caire, a annoncé qu’elle pourrait
renouer le dialogue qui fut interrompu deux fois sous Benoît XVI : une
première fois en 2006, suite au "discours de Ratisbonne" de Ratzinger
qui citait un empereur byzantin déplorant les "mauvaises et inhumaines"
idées de Mahomet "propagées par la violence" ; puis une seconde fois en
2011, lorsque l’ex-Pape appela les pays musulmans à protéger les
minorités chrétiennes menacées...
Cet
appel répondait à l’attentat-suicide perpétré contre l’Église des Deux
Saints d'Alexandrie (Égypte), qui tua 23 chrétiens coptes dans la nuit
du 31 décembre 2010 au 1er janvier 2011. Mais il ne convainquit point
les pays islamiques à dénoncer la violence envers les Infidèles dès
lors qu’elle est inscrite dans la Charià et le Coran, ce que déplorait
justement Ratzinger. Et au lieu de faire leur aggiornamento sur ce
point, Al-Azhar, l’OCI et La Mecque, qui défendent une conception
totalitaire de l’islam, décidèrent au contraire de suspendre les
rencontres avec le Vatican, au prétexte que Benoît XVI aurait "attaqué
l'islam". Niant une réalité pourtant reconnue par les musulmans modérés
et réformistes, ils rejetèrent en bloc l’"affirmation injustifiée que
les musulmans persécutent les autres personnes qui vivent avec eux au
Moyen-Orient"…
Les
57 pays de l’OCI - Arabie saoudite, Turquie, Pakistan et Egypte en tête
- initièrent alors une campagne planétaire de dénigrement de l’Eglise
et de "l’Occident croisé", jouant sur la corde sensible du victimisme
islamique et de la mauvaise conscience européenne. Cette campagne, qui
entraîna la mort de nombre de Chrétiens, culmina avec l’affaire des
"caricatures de Mahomet" et des "films anti-islam" montés en épingle
pour faire oublier la christianophobie islamique.
DOUBLE LANGAGE ET ABSENCE DE REMISE EN QUESTION DES PAYS MUSULMANS
Gagnés
par la dhimmitude volontaire et la peur - renforcées par l’explosion de
violences anti-chrétiennes et anti-occidentale, nombre de chrétiens ont
donc salué le fait que Pape François ménage bien mieux que Ratzinger la
"susceptibilité des pays musulmans" et espèrent que par sa politique
d’apaisement, il pourra améliorer le triste sort des chrétiens d’Orient.
De son côté, Mahmoud Azab, conseiller pour les affaires
interreligieuses de l'imam Ahmed Al-Tayyeb d'Al-Azhar, a déclaré :
"Espérons que le nouveau pape jettera de nouveaux ponts solides et
équitables pour un dialogue équilibré et efficace entre le monde
islamique et le Vatican, un dialogue pour atteindre un consensus sur les
valeurs suprêmes communes qui préservent la dignité de l’islam et la
réalise concrètement". "Nous reviendrons au dialogue avec le Vatican dès
qu'apparaîtra une nouvelle politique". Une réconciliation sous
condition … qui laisse entendre que l’Eglise serait la seule responsable
des blocages et que les pays islamiques n’auraient pas à respecter la
liberté religieuse des minorités, bafouée par les lois inspirées de la
Charià qui, dans certains pays tels l’Arabie, l’Iran ou le Soudan,
punissent de mort l’apostasie ou le prosélytisme chrétien !
On
reste donc stupéfaits par cette exigence de tolérance à sens unique et
par cette absence totale de remise en question des instances islamiques
officielles qui
exercent continuellement des pressions à l’ONU et sur nos gouvernements
pour faire adopter des législations "anti-blasphème" visant en fait à
limiter la liberté d’expression au prétexte de ne pas "diffamer
l’islam". Alors que dans les pays islamiques, les chrétiens sont soit
interdits (Arabie saoudite), soit régulièrement pris pour cibles par des
attentats (Pakistan, Soudan, Maghreb, Turquie, Egypte, etc)… Ainsi,
tandis que les pays de l’OCI dénoncent "l’islamophobie" occidentale, les
adeptes du Christ sont réduits à des citoyens de seconde zone en pays
d’islam et y forment des minorités humiliées.
LE DIALOGUE À SENS UNIQUE : ISLAMOPHOBIE VERSUS CHRISTIANOPHOBIE
Adeptes
de l’accusation-miroir, les pays musulmans exigent que les Européens
s’excusent pour les Croisades et la Colonisation, mais ils ne songent
aucunement à s’excuser pour les pirateries barbaresques, l’esclavage des
Noirs et des Slaves, la colonisation islamique (Afrique, Andalousie,
Sicile, Balkans, Indes) du passé, ou même les génocides de 1,5 millions
d’Arméniens-assyro-chaldéens de Turquie (1896-1915), puis de 2 millions
de chrétiens-animistes du Sud-Soudan (massacrés par le régime islamiste
soudanais entre 1970 et 2007). Ce génocide du sud-Soudan n’a jamais été
reconnu officiellement par l’ONU, qui reste soumise au diktat moral et
aux pressions diplomatiques de l’OCI…
Certes,
le passé doit être dépassé et le dialogue islamo-chrétien semble partir
d’une intention louable. Mais à condition que les pays musulmans
combattent en échange la christianophobie islamique comme l’Occident
combat l’islamophobie. Il n’en est rien. Et ce dialogue entamé sans
conditions par le Concile Vatican II ans les années 60 restera un accord
de dupes tant que les pays musulmans verront dans la main tendue des
chrétiens et leur acceptation de cette tolérance à sens unique des
marques de faiblesse, ce qui n’est pas entièrement faux d’ailleurs… Car
cette faiblesse incite les bourreaux impunis à redoubler de violence.
En
réalité, de même que le dialogue islamo-chrétien voulu par Jean Paul II
n’empêcha pas le massacre de chrétiens au Soudan ou en Irak, ni même
l’assassinat de prélats catholiques en Turquie (Don Andrea Santoro en
2006 ou Mgr Luigi Padovese en 2010), le silence du Pape François sur la
nouvelle christianophobie et ses professions de foi islamiquement
correctes ne stopperont pas les condamnations d’apostats et autres
persécutions de chrétiens au Pakistan, en Syrie, en Afrique du Nord ou
ailleurs...
Le
vrai "printemps islamique" arrivera lorsque l’égalité
musulmans/non-musulmans sera officiellement enseignée et inscrite dans
les lois des pays islamiques (comme l’égalité hommes/femmes), ce qui ne
semble pas être pour demain… En attendant, l’ONU, les Etats-Unis, l’UE
et les gouvernements européens doivent exiger l’égalité de droits et la
réciprocité religieuse et même en faire des conditions aux aides
économiques et aux accords diplomatiques... Les démocraties occidentales
n’ont plus à recevoir de leçons de “lutte contre l’islamophobie” de la
part de pays ouvertement christianophobes !¢
Source : Christianophobie : le calvaire des chrétiens dans le monde, par Alexandre Del Valle, Atlantico.fr, 1 avril 2013 via Poste de Veille
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