Photo ci-dessus : autour de Notre-Dame-des-Landes, le projet suscite une agitation permanente.
NANTES (NOVOpress Breizh) – Pour apaiser les esprits autour de
son projet de création d’un nouvel aéroport international, Jean-Marc
Ayrault avait nommé une « commission du dialogue » assistée de deux
commissions plus techniques. Remises le 9 avril, leurs conclusions, si
elles sont suivies d’effet, aboutiront à retarder fortement la
réalisation du projet. On peut même se demander si ce n’était pas
l’objectif dès le départ, dans la perspective des élections municipales
de l’an prochain.
« Ayrault s’est sérieusement planté sur ce coup-là », s’énerve un partisan du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Remis au gouvernement le 9 avril, le rapport de la Commission du dialogue sur
le futur Aéroport du Grand Ouest n’est pas du tout conforme aux
attentes. En créant la commission, pensait-on, le Premier ministre
jouait sur du velours. Son président désigné, Claude Chéreau, faisait
partie du cabinet de Lionel Jospin, alors Premier ministre, lors du
fameux conseil interministériel de 2000 au cours duquel la décision de
créer l’aéroport a été prise.
Au surplus, la mission de la commission était étroitement bornée.
Elle devait rencontrer toutes les parties prenantes afin qu’elles
puissent exprimer leur avis, leur « apporter des précisions complémentaires » et remettre « une synthèse des auditions et des propositions notamment sur la manière de poursuivre le dialogue ».
Il ne lui était pas demandé d’exprimer une opinion. Or, sans remettre
en cause le projet, elle n’a pu s’empêcher de relever de très nombreuses
failles dans ses justifications et ses modalités.
Elle préconise donc de nombreuses études et vérifications
complémentaires sur les possibilités de réaménagement de l’actuel
aéroport de Nantes Atlantique, les dessertes routières, les
compensations environnementales, etc. De quoi retarder le projet de
plusieurs années.
Mais ce n’est pas tout. La commission du dialogue était flanquée de
deux commissions plus spécialisées, une « commission agricole » et une «
commission des experts scientifiques ». Elles aussi avaient une mission
très encadrée : améliorer le projet mais pas le remettre en cause.
Pointant de nombreux flous méthodologiques, la première souligne que «
le projet dont l’origine remonte à près de 30 ans a été conçu dans un
contexte très différent de celui qui prévaut aujourd’hui ». Entre les lignes, elle conclut que tout le volet agricole du dossier est à revoir.
La commission des experts scientifiques est plus sévère encore. Il
lui appartenait d’examiner la méthode de compensation des incidences du
projet sur les zones humides. À l’unanimité, elle conclut explicitement :
« cette méthode ne peut pas être validée en l’état ». Son
rapport très détaillé mentionne dix critiques majeures, quatre
concernant la méthode et six son application à Notre-Dame-des-Landes.
Pire encore : elle « estime que ces réserves devraient être levées pour que le projet puisse être poursuivi », ce qui revient en clair à réclamer son arrêt.
Face à ce tir de barrage, que pouvait faire Jean-Marc Ayrault, initiateur des commissions ? Dans un communiqué du 9 avril,
il invite les ministres des transports, de l’agriculture et de
l’écologie, ainsi que le préfet de région, à prendre en compte leurs
recommandations. Ce qui en toute logique devrait conduire à un gel
durable du projet. Et certains commencent à se demander si la création
des commissions n’était pas en réalité destinée à cela.
« Ayrault va devoir quitter Matignon avant longtemps », note l’un de ses opposants nantais. «
Pour ne pas rester sur un échec, il sera tenté de se faire réélire
maire de Nantes en 2014. Mais sans les écologistes, ce serait difficile.
» Or les écologistes, de leur côté, vivent de plus en plus mal
leur contradiction interne : soutien des notables à Ayrault, hostilité
de la base au projet d’aéroport. Une mise sous cocon de ce dernier
permettrait à tout le monde de se réconcilier. Au moins pour un temps :
après les élections, le projet pourrait être réactivé. Si les
circonstances économiques et environnementales le permettent. « Ayrault s’est planté… », reprend notre interlocuteur. « Ou alors, c’est nous qu’il a plantés ! »
Crédit photo : DR. http://fr.novopress.info
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