L’ouvrage est réédité
en 2009 par Gérard Filoche qui anime une revue nommée « Démocratie &
Socialisme », mensuel de la gauche du PS. Celui-ci adjoint des
considérations personnelles dénuées d’intérêts en préambule de l’ouvrage
où il bat en brèche les conceptions de Christine Lagarde et du
gouvernement de Nicolas Sarkozy sur le travail. En revanche l’article de
Jean Zin, philosophe et militant écologiste sur le travail à la fin de
l’ouvrage donne quelques pistes intéressantes. Ce qui n’est pas étonnant
pour un homme visiblement inspiré par Jacques Ellul.
Revenons à nos moutons.
Paul Lafargue cherche
dans son ouvrage à démontrer l’absurdité de la « valeur travail ». Le
propos est dynamique et bien mené. L’auteur puise autant dans le passé,
en s‘appuyant sur le mépris du travail des anciens Grecs et Romains, que
dans son analyse de la démence capitaliste du XIXe siècle. Il brocarde
toutes les catégories de la population, le prolétariat, qui est
responsable d’après lui de son propre malheur, les économistes et autres
zélateurs du capitalisme, l’armée qui n’a pour fonction que de réprimer
les révoltes dans le sang, l’Église qui par sa morale encourage au
travail car l’homme doit souffrir sur Terre, les usuriers (très
explicitement reliés à une certaine communauté) qui font de l’argent sur
le dos des patrons emprunteurs et des salariés qui triment. Il
s’insurge sur le travail des enfants et sur le fait que le travail dans
la société capitaliste ait contribué à faire dégénérer le peuple, jadis
vigoureux.
« Nous avons aujourd’hui les filles et les femmes de fabrique, chétives, fleurs aux pâles couleurs, au sang sans rutilance, à l’estomac délabré, aux membres alanguis ! » pp. 38-39
« Nous avons aujourd’hui les filles et les femmes de fabrique, chétives, fleurs aux pâles couleurs, au sang sans rutilance, à l’estomac délabré, aux membres alanguis ! » pp. 38-39
Paul Lafargue pointe
la fuite en avant du capitalisme, obligé de conquérir des marchés
partout dans le monde ou encore de dégrader la qualité des produits pour
contraindre à la consommation (ce qu’on appelle aujourd’hui
l’obsolescence programmée). Il se fait aussi très critique à l’égard de
la « religion du progrès » et des « Droit de l’homme » qui sont pour lui
liés au capitalisme et à la bourgeoisie (ce en quoi je suis totalement
d’accord). Il s‘interroge aussi sur la technique, qu’on perçoit à la
fois source de problèmes, quand elle devient la matrice de la production
industrielle capitaliste mais aussi possible solution pour permettre
aux ouvriers de ne travailler que 3h par jour et de faire « bombance »
le reste du temps. La société communiste utopiste de Paul Lafargue est
une société où l’on travaille peu, où l’on produit ce qui est nécessaire
et où les hommes peuvent profiter de la vie (selon une expression
consacrée). On pourrait tout à fait envisager une société où les robots
auraient la même fonction que les esclaves de l’antiquité et
permettraient à une majorité de la population de se dégager du travail.
Encore faut-il se dégager du mirage de la surconsommation…
Ce pamphlet s’appuie
aussi sur des considérations d’auteurs et démontre que même la réduction
du travail a été une volonté des capitalistes…
Il est assez court
(une cinquantaine de pages) est très intéressant autant du point de vue
de la critique du capitalisme (certaines intuitions et remarques de Paul
Lafargue sont toujours d’actualités), que pour plonger dans l’histoire
des idées et des sociétés de l’Europe de la fin du XIXeme siècle.
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