De même qu’une famille ne peut
être normalement constituée sans un père qui la sauvegarde et la «
dirige », de même un État ne saurait exister sans un chef responsable
revêtu du pouvoir suprême. Mais quel sera ce chef ? Quel titre portera
t’il ? De quel pouvoir sera t’il investi ? Le titre importe peu, il
s’adapte ordinairement au caractère et aux traditions de la nation.
Quant au pouvoir qu’il exercera, quelle en sera la nature ? Sera t-il
héréditaire ou électif ?
Nous avons vu en France les abus de la
monarchie héréditaire causer la bourrasque révolutionnaire, nous avons
vu de même par les excès de nos Républiques les dangers du pouvoir
électif. Alors lequel de ces deux systèmes faut il adopter ? Cette
importante question est difficile à solutionner. L’hérédité et
l’élection présentent l’une et l’autre des avantages et des
imperfections, aussi l’une et l’autre ont-elles trouvé des adeptes dans
tous les temps.
Avantages et imperfections du système héréditaire
Le pouvoir héréditaire est non seulement
majestueux mais fécond. Tout d’abord il assure la stabilité à la
nation, il éloigne les convoitises malsaines de l’ambition, et dans le
calme qu’il enfante se développent progressivement la sécurité, la
confiance, l’expansion des affaires et la prospérité générale. Certaine
de son lendemain, une nation gouvernée par le pouvoir héréditaire
s’avance d’un pas assuré vers l’avenir sans se sentir menacée par aucun
des aléas dont souffrent les États régis par le système électif.
La mort même du souverain ne saurait
faire rétrograder ce pays dans sa voie paisible. Cette nation continue
d’avancer dans ses destinées, les yeux toujours fixés sur l’héritier
présomptif connu depuis longtemps et qui sera salué comme un « anneau
»de la chaîne retenant dans la nation la concorde et le bonheur qui la
suit.
Mais où trouver la perfection sur notre
terre ? Elle n’existe ni chez les hommes, ni dans les institutions
qu’ils édifient. L’hérédité du pouvoir, il faut le reconnaître et le
clamer, entraîne de graves abus.
Une famille, assise sur un trône depuis
des siècles, assurée d’un règne intangible, surtout comme durée,
gardera-t-elle toujours conscience de ses lourdes responsabilités ? Ne
perdra-t-elle jamais l’ambition de rester digne de l’honneur dont elle
est revêtue ? Tout s’use ici bas !
Lorsqu’une dynastie se perpétue aussi
longuement, la vertu ou la morale qui l’ont élevée au rang suprême
s’affaiblissent et déclinent progressivement jusqu’à l’incapacité ou à
l’extravagance, nous avons pu le constater chez nous avec les Bourbons
et nous le voyons aujourd’hui en Angleterre. La sagesse humaine est
vraiment trop fragile pour que l’on tente d’enchainer, de domestiquer la
fortune au service d’une dynastie. Dès que cette dynastie se voit
invulnérable, elle perd, avec le respect de ses devoirs, le sentiment de
sa propre dignité. L’Histoire démontre trop fréquemment que la
décadence de la dynastie fut chez certains peuples la cause des plus
terribles revers. La France elle-même n’en fit elle pas la cruelle
expérience, et le règne de Louis XIV, quelle qu’en fut la splendeur,
n’est il pas le vestibule de la Révolution ?
Alors, faut-il préconiser l’éligibilité du pouvoir suprême ?
Les partisans du système électif
entendent sauvegarder par ce moyen d’investiture du « souverain »
l’entière liberté de la Nation, en lui attribuant la faculté de ne
suivre que le chef d’État qu’elle jugera digne de sa confiance. En
théorie, le système purement électif est une garantie de liberté pour le
peuple, en le préservant de l’arbitraire qui devient souvent un
l’écueil du pouvoir inamovible. Il permet de placer l’autorité
souveraine dans des mains capables d’en porter le fardeau. Si la nation
s’aperçoit de la défectuosité de son choix ou si son Élu démérite, il
lui est loisible, à brève échéance et sans révolution, de retirer le
soin de ses destinées à un mandataire insuffisant ou indigne. Ce système
serait parfait si, là comme ailleurs, la passion ne trouvait un champ
trop favorable à ses ravages.
Le système purement électif présente,
lui aussi, de très graves dangers, tant pour l’Élu que pour ses
électeurs. Il n’est certes pas impossible qu’un élu temporaire,
président ou autre, accomplisse des actes féconds pendant son passage au
pouvoir; plusieurs d’entres eux se sont montrés inspirés par un esprit
intègre et patriotique. Mais aussi combien est plus considérable le
nombre de ceux qui se sont laissés absorber par l’intérêt personnel ? Ne
faudrait il pas qu’un Chef d’État, appelé au pouvoir pour quelques
années seulement, fut doué d’une nature presque surhumaine pour
consentir à s’immoler aux redoutables nécessités du gouvernement des
peuples ? Comment lui demander l’effort de labourer un champ dont la
moisson enrichira un successeur ? Comment ce passager de quelques jours
entreprendra-t-il l’étude laborieuse de tant de problèmes à la solution
desquels il ne saurait espérer arriver en peu de temps ?
L’Élu temporaire adoptera une politique
d’expédients, un programme mesquin, mais sans risque, lui permettant
d’atteindre sans encombre le terme de son mandat. Et si ce chef d’État
est rééligible, à quelles visées personnelles, à quelles intrigues ne
sacrifiera-t-il pas les grands intérêts publics ? La périodicité de
l’élection ôte forcément au chef de l’État le goût et la possibilité des
grandes choses. Nul ne se plait à construire un édifice dont il sera
expulsé, peut être même avant son achèvement, et qui risque en outre
d’être démoli par son nouvel occupant.
C’est ainsi que l’électivité du pouvoir
est incompatible avec l’épanouissement de la fortune nationale, dont les
bases indispensables sont la sécurité dans l’évolution sociale et la
quiétude résultant de la stabilité gouvernementale.
Alors quelle option s’impose entre le pouvoir héréditaire et le pouvoir électif ?
Cette question n’est pas facile à
solutionner. On ne peut que souhaiter un système idéal assez parfait
pour réunir les avantages des deux modes en question, tout en en
écartant les périls. Ce système idéal existe, il rayonne sur toute la
France qui, à deux tournants de son histoire, vint s’y réfugier pour son
plus grand bien.
Ce système, c’est le régime plébiscitaire des Napoléons.
Parmi les esprits enclins à juger
superficiellement les doctrines qu’ils n’ont point vu pratiquer,
plusieurs allèguent que le plébiscite exclut l’hérédité ou que
l’hérédité doit exclure le plébiscite. Il n’en est absolument rien.
Le plébiscite de 1804 ratifiant le
Sénatus-Consulte du 18 mai, décernait au Premier Consul le titre
d’Empereur de la République Française avec hérédité. Mais les Napoléons,
seuls interprètes fidèles des principes de la Révolution, ne se
voulurent jamais que les mandataires de la nation dont ils ne cessèrent
de reconnaître le pouvoir souverain.
Il résulte de cette alliance de la
nation avec les Napoléons que l’hérédité, dont sont en principe investis
nos Empereurs, reste toujours révocable par le plébiscite. Par cette
ingénieuse conception, la nation jouit des bienfaits du pouvoir
héréditaire tant qu’elle approuve la direction politique suivie par son
Élu « ou par l’héritier de son Élu ». Et tout aussitôt que la nation
désapprouverait l’orientation où la dirige son mandataire, le plébiscite
avertirait ce mandataire que la volonté souveraine, dont il détient le
pouvoir, lui demande d’en modifier l’exercice ou même d’y renoncer en
faveur d’un nouvel Élu.
D’autres esprits, ignorants ou hostiles,
croient voir dans le plébiscite un élément de guerre civile en ce sens
qu’un Empereur dépossédé par un plébiscite pourrait revendiquer contre
le nouvel Élu les pouvoirs dont l’avait investi lui-même le plébiscite
antérieur. Un Napoléon émettant une prétention semblable sortirait tout à
la fois de la doctrine napoléonienne et des principes du droit le plus
élémentaire. Le dernier plébiscite n’infirme-t-il pas de plein droit,
s’il lui est contraire, le plébiscite précédent ? D’ailleurs, un
Napoléon ne contestera jamais le verdict populaire, celui-là serait
désavoué de tous les Napoléons qui, dans leurs actes comme dans leurs
discours, rendirent hommage à l’infaillible valeur du plébiscite.
Quant au plébiscite lui-même, loin de
présenter un risque quelconque, il est le régulateur par lequel les
Napoléons surent concilier la liberté de la Patrie avec la stabilité du
Pouvoir, source de toute prospérité nationale. Quant à l’hérédité
révocable par plébiscite, elle est le chef-d’œuvre de la doctrine
démocratique.
« Le plébiscite c’est le droit,
c’est le salut. C’est un grand parti national sans vainqueurs ni
vaincus, s’élevant au-dessus de tous pour les réconcilier. » Le Prince Impérial 16 mars 1874.
David Saforcada (France bonapartiste)
Source: Le bréviaire des patrioteshttp://cerclenonconforme.hautetfort.com/
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