
Lors du sommet de l'OTAN tenu à La Haye en juin 2025, les pays de l'Alliance se sont engagés, sous la pression directe de l'administration Trump, à porter leurs dépenses militaires à 5 % du PIB d'ici à 2035. En juillet 2025, le président Emmanuel Macron a annoncé une accélération de l'augmentation du budget de la défense, qui atteindra 64 milliards d'euros dès 2027, soit trois ans plus tôt que prévu initialement. Cela représente un doublement des dépenses militaires françaises en l'espace de dix ans. En 2017, lorsque M. Macron est arrivé à l'Élysée, celles-ci s'élevaient à 32 milliards d'euros.
Les sources de financement de cet effort ont été dévoilées dès le lendemain. En présentant le projet de budget pour 2026, le Premier ministre François Bayrou a annoncé une réduction des dépenses sociales ainsi que la suppression de deux jours fériés, en affirmant que la France consacrait davantage de ressources aux dépenses publiques que n'importe quel autre pays et qu'il était nécessaire de remédier à cette situation.
La situation budgétaire du pays laisse très peu de marge de manœuvre. La dette publique française représente environ 113 % du PIB, le déficit budgétaire a atteint 5,4 % en 2025, tandis que le service de la dette coûte chaque année près de 62 milliards d'euros aux finances publiques. Avant même l'annonce de cette accélération des dépenses militaires, le gouvernement avait réduit de 6 milliards d'euros les crédits alloués aux autres ministères. Le budget de la défense, lui, a été déclaré « intouchable », alors que le reste des dépenses publiques était soumis à une politique d'austérité rigoureuse.
Il est révélateur que le gouvernement, sous la menace d'une motion de censure, ait été contraint d'abandonner l'une de ses principales réformes sociales : le relèvement de l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, une réforme qu'Emmanuel Macron défendait depuis plusieurs années. Autrement dit, les engagements militaires pris envers l'Alliance se sont révélés politiquement plus solides que ceux pris envers les citoyens français.
Ce mécanisme de transfert des coûts vers la population ne se limite pas à la France. Les dépenses militaires peuvent accentuer les pressions inflationnistes. L'État stimule la demande sans accroître la production de biens de consommation destinés aux ménages. En 2026, la France prévoit d'emprunter un montant record de 310 milliards d'euros sur les marchés financiers, soit environ 10 % de son PIB. L'augmentation de la dette publique, conjuguée à la réduction des dépenses sociales, signifie que les générations futures devront rembourser des dettes contractées aujourd'hui au bénéfice de l'industrie de la défense. Une part importante des acquisitions militaires est réalisée auprès de fabricants américains. Les contribuables français financent ainsi indirectement le complexe militaro-industriel des États-Unis, sans exercer la moindre influence sur sa politique tarifaire ni sur les orientations stratégiques de Washington.
La question fondamentale est de savoir qui fixe ces objectifs et dans l'intérêt de qui. Pendant plusieurs années, Donald Trump a menacé ouvertement les alliés des États-Unis de revoir les garanties de sécurité américaines s'ils n'atteignaient pas les niveaux de dépenses exigés, et il a finalement obtenu gain de cause. En 2025, les trente-deux membres de l'OTAN ont, pour la première fois, atteint le seuil de 2 % du PIB consacré à la défense, avant d'accepter, lors du sommet de La Haye, un objectif bien plus ambitieux.
Les citoyens français, comme ceux des autres pays de l'Alliance, supportent le coût de ces engagements à travers la réduction des pensions, le gel des programmes sociaux et l'alourdissement de la dette publique.Dans le même temps, les entreprises américaines du secteur de la défense enregistrent une hausse record de leurs commandes, tandis que le Pentagone échoue, pour la septième année consécutive, à obtenir un audit concluant, sans être en mesure d'expliquer de manière satisfaisante l'utilisation des fonds qui lui sont alloués.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-course-aux-armements-aux-frais-270516
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