
Le pire complot russe imaginable…
Chaque élection, chaque débat, chaque progression du RN finirait ainsi par être interprété comme l’ombre portée du Kremlin.
L’anti-RN devient alors moins un argument qu’une grille de lecture universelle : tout y ramène.
Aussi, à en croire certains candidats à la prochaine élection présidentielle, le Kremlin serait un genre de télécommande géante permettant à Vladimir Poutine de les déstabiliser à sa guise en favorisant le RN, cheval de Troie tout désigné.
Très bien. Jouons le jeu, le temps d’une blague, et offrons cette crédibilité toute hypothétique aux sirènes d’alarme de Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal et Édouard Philippe, unis dans une même et soudaine clairvoyance géopolitique.
Posons-nous alors la vraie question : quel serait, pour Poutine, le pire cauchemar stratégique à éviter en France ?
Si l’on suit jusqu’au bout la logique de cette obsession anti-RN, on finit par oublier une question beaucoup plus simple : une puissance étrangère chercherait-elle réellement à modifier un système politique qui produit déjà les résultats qu’elle souhaiterait voir ?
C’est précisément là que le raisonnement commence à vaciller.
Pourquoi, en effet, faire gagner un candidat d’opposition à Macron, à la gauche démocratique ou à l’extrême centre ? Ce serait une perte de temps, une perte d’argent, et le risque de voir le pays réellement changer de trajectoire — un cauchemar absolu pour qui cherche à l’affaiblir.
Si l’objectif est de saboter durablement la France, il suffit d’ouvrir un tableau Excel des deux derniers quinquennats et d’écrire en lettres capitales : « SURTOUT NE TOUCHEZ À RIEN. »
Imaginons la scène.
Au Kremlin, un conseiller entre dans le bureau de Vladimir Poutine.
— Monsieur le Président, les Français sont encore persuadés que le principal danger stratégique pour leur pays s’appelle le RN.
— Parfait. Pendant qu’ils débattent de ça du matin au soir, personne ne parle du bilan. Surtout, ne les interrompez pas.
— Bien monsieur le Président, nous avons alors un plan génial à vous proposer pour affaiblir la France.
— Excellent. On finance qui ?
— Personne.
— Comment ça, personne ?
— On laisse simplement les Français reconduire les mêmes têtes. Ils s’autodétruisent très bien sans nous, et gratuitement en plus.
Silence religieux. Puis, au fond de la salle, une voix :
— Camarade, si on intervient, on risque de provoquer un sursaut national, le pire scénario possible. Si on ne fait rien, ils continueront à se persuader tout seuls que le prochain quinquennat sera différent.
Applaudissements debout.
Le rapport stratégique est rédigé dans la foulée :
Objectif : ruiner durablement la France.
Méthode A : cyberattaques sophistiquées, campagnes de désinformation, opérations clandestines, milliards de roubles saupoudrés sur toutes les oppositions disponibles.
Méthode B : ne rien faire, et laisser les Français élire, réélire, puis regretter, en boucle, les mêmes profils recyclés vendus comme des nouveautés.
Coût de la méthode B : zéro.
Probabilité de réussite : quasi certaine, historiquement vérifiée.
Le rapport est validé à l’unanimité, sans débat — un score que même l’Assemblée nationale ne connaît plus.
Un jeune analyste ose tout de même lever la main :
— Et si les Français finissaient par sanctionner le bilan ?
Le directeur, sans même lever les yeux de son dossier :
— Vous êtes nouveau au service Europe de l’Ouest, n’est-ce pas ? Ils sanctionnent surtout dans les sondages. Ensuite ils votent pareil, en espérant un miracle.
Pendant ce temps, au service action, les espions réclament une réduction de budget.
— Pourquoi ?
— Franchement, à quoi bon pirater un pays qui se saborde tout seul, avec constance, depuis vingt ans, sur les retraites, les impôts, la dette, l’immigration, les normes, l’école, l’hôpital et les plateaux télé ? On ferait de la concurrence déloyale à leurs propres politiques.
Le ministre des Finances russe exulte :
— Nous allons économiser des fortunes. La France s’auto-taxe elle-même en incompétence.
Et le chef des services secrets de conclure, un sourire aux lèvres :
— La meilleure opération d’influence, camarades, c’est parfois de laisser une démocratie fatiguée s’occuper toute seule de sa propre décomposition.
Notre conclusion de cette soi-disant ingérence russe qui fait les choux gras des médias mainstreams :
Si l’on pousse jusqu’au bout le raisonnement de ceux qui voient la main de Moscou derrière chaque progression du RN, on aboutit à un paradoxe : pourquoi une puissance étrangère chercherait-elle à bouleverser un système politique qui se reproduit de lui-même ?
À force de faire du RN l’explication universelle, on finit surtout par ne plus interroger les causes internes du mécontentement des électeurs.
Rastignac
https://www.medias-presse.info/russie-rn-elections-a-en-croire-une-partie-de/247986/
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