lundi 24 août 2026

Franceinfo en émoi : une maire centriste a osé recruter un cadre RN

 

Par Bildoj — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32434118

La chasse aux sorcières est lancée. Samedi 22 août, Franceinfo a consacré un article à l’embauche, par une maire UDI, d’un directeur général des services dont le principal tort semble être d’adhérer au Rassemblement national. « En Loir-et-Cher, une maire UDI et vice-présidente de l’AMF recrute un membre du RN pour diriger ses services municipaux » : tel est le titre choisi par l’antenne de service public.

Catherine Lhéritier, maire UDI de Valloire-sur-Cisse et vice-présidente de l’Association des maires de France, a effectivement recruté un certain Noa Lerosier, âgé de 23 ans. Le jeune homme est titulaire d’un master en gestion des collectivités, mais il est également adhérent du Rassemblement national depuis trois ans. De son côté, Catherine Lhéritier affirme ne pas avoir eu connaissance de l’appartenance politique de son nouveau collaborateur. Elle ajoute que son recrutement a été géré par un cabinet spécialisé.

Jusque-là, rien qui ressemble à un scandale. Mais Franceinfo a manifestement estimé que ces faits méritaient une couverture nationale. Et le média ne s’est pas arrêté là : il a pris soin de solliciter le Parti socialiste local. Celui-ci s’est bien entendu empressé de dénoncer les « digues » qui « sautent une à une » et exprimer son refus de « voir le Loir-et-Cher devenir le laboratoire de l’alliance avec l’extrême droite »… Également interrogée, une responsable UDI s’est dite « bousculée » et « espère que cet adhérent RN ne sera pas maintenu à son poste ».

Face à cet emballement, BV a tenté de joindre la mairie de Valloire-sur-Cisse. Nous avons demandé si l’émoi de l’UDI serait le même si le cadre recruté avait eu des sympathies de gauche. Nous souhaitions également savoir si Noa Lerosier sera maintenu à son poste et, dans le cas contraire, pour quelle raison. La mairie ne nous a pas encore répondu.

Une discrimination politique ?

En attendant, le message semble être le suivant : un adhérent du RN peut être compétent, diplômé et avoir été recruté dans le cadre d’une procédure normale, mais son appartenance politique est suffisamment suspecte pour que son maintien en fonction devienne un sujet de débat public. Il se trouve pourtant que le Code du travail stipule noir sur blanc qu’aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement ou de nomination « en raison de ses opinions politiques ». De plus, l’article L. 131-1 du Code général de la fonction publique ajoute qu’« aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques ».

Dès lors, pourquoi présenter comme une anomalie le fait qu’un adhérent du RN obtienne un emploi public, alors même que le droit interdit précisément de l’écarter en raison de son appartenance politique ? La neutralité exigée d’un agent public concerne l’exercice de ses fonctions. Elle ne signifie pas qu’il doit être dépourvu d’opinions politiques. « Relever un tel recrutement, banal et normal, et le présenter comme une information relève, au mieux, du harcèlement et, au pire, de l’incitation à commettre une discrimination pénalement réprimée », rappelle l’avocat Pierre Gentillet, sur X.

De précédentes chasses aux sorcières

L’épisode de Valloire-sur-Cisse n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, les responsables qui osent franchir la « digue » séparant la droite du RN ou de Reconquête font l’objet d’un traitement médiatique particulièrement appuyé. En 2021, Gérard Dézempte, maire de Charvieu-Chavagneux (Isère), avait eu le malheur d’inviter Éric Zemmour dans sa commune. Un acte qui lui avait valu d’être qualifié d’élu « sulfureux » dans Le Monde. Autre exemple : Céline Boyer, maire de Vindrac-Alayrac (Tarn), avait accordé en 2022 son parrainage à Éric Zemmour. Ce choix était parfaitement légal dans le cadre de son mandat, mais avait suffi à placer son petit village sous les projecteurs. Des tags et des panneaux injurieux, dont certains comportaient des croix gammées, avaient été apposés contre la maire et la commune.

On se souvient aussi de la volée de bois vert que s’était prise l'ancien ministre et champion olympique Guy Drut, en juin 2024, lorsqu’il s’était prononcé en faveur d'une alliance LR-RN. La ministre des Sports de l'époque, Amélie Oudéa-Castéra, avait conspué sa « déchéance » et Mediapart avait raillé « la vieille garde réactionnaire » du sport français.

Ces affaires sont différentes, mais elles racontent la même histoire : celle d’une entreprise de diabolisation de « l’extrême droite » qui, quoi qu’on en dise, n’est manifestement pas près de mettre la clé sous la porte.

Jean Kast

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